Il faudrait mettre quelque chose au clair. Mario Dumont n’est pas un pédagogue et il ne dirige pas un parti crypto-indépendantiste. Cela devrait saisir par son évidence mais l’évidence, les avertissements réitérés de Mario Dumont comptent bien peu. Ceux-là même qui disent que les chefs du Parti Québécois ne sont pas des indépendantistes, certains parmi ceux qui assurent que le mouvement a été trahi par ses instances depuis quarante ans, vous assurent avec le plus grand sérieux que les adéquistes sont des indépendantistes qui s’ignorent ou, sinon, des porteurs involontaires mais efficaces de la cause.
Quand, semble-t-il, on se met à penser à l’avenir de la cause indépendantiste, on engendre des maîtres du déchiffrement qui percent les énigmes dans les hautes sphères. C’est là qu’ils ont appris sans doute à entendre ce que les oreilles n’entendent pas et à voir ce que les yeux ne voient pas. Autant ils accusent le Parti Québécois de toutes les bassesses, autant ils brassent une guimauve monumentale à propos de l’Action Démocratique.
On ne peut pourtant pas accuser Mario Dumont d’être un grand simulateur. Il témoigne souvent de son faible engagement nationaliste. Mario Dumont avait juste besoin d’une bonne plateforme électorale après son discours de Toronto qui en était un de reddition. Maintenant que la plateforme est trouvée, il n’a nulle intention d’aller l’épuiser en lui faisant subir l’épreuve des faits.
Ouvrir unilatéralement la Constitution pour aller se faire débouter cruellement devant la Cour suprême serait du suicide politique pour le petit Mario. Pourquoi irait-il montrer à la face du monde que le Canada est bouché et que la règle de consentement des provinces anglophones inscrites rend la filière autonomiste nulle et non avenue ? Ses députés de l’Action Démocratique viennent à peine de se louer un appartement à Québec, leurs enfants de s’acheter un iPod ou douze perruches. Les autonomistes veulent être là pour rester.
Mario Dumont répète donc que les temps ne sont pas mûrs. Non seulement Mario Dumont ne voit aucun problème à dissocier la gouvernance québécoise de la cause québécoise globale, il affirme que le but premier de l’économie québécoise est de se ranger dans le club sélect des provinces payeuses de péréquation.
N’importe. Fréquemment au bas de cette chronique des lecteurs laissent des commentaires prédisant que Mario Dumont va tenter pour eux et pour leur cause un formidable effort de persuasion. Mario Dumont leur lance en pleine figure de ne pas compter sur lui, peine perdue. Mario Dumont reprend alors mot à mot le propos du chroniqueur de La Presse Alain Dubuc selon lequel un Québec en pleine santé économique, province payeuse de péréquations, améliorerait son poids politique. La vision de Mario Dumont et celle d’Alain Dubuc est assez simple : que le Québec améliore son rendement et il sera plus justifié d’avoir son mot à dire au sein de la fédération.
Des souverainistes, pris dans un dérèglement autistique, persistent à prêter à Mario Dumont des intentions que ce dernier dit ne pas avoir. À force de se répéter que le Parti Québécois est un repaire d’escrocs qui vendent des terrains imaginaires dans la Nouvelle-Jérusalem, pour faire contrepoids dans leur esprit probablement, des souverainistes se sont épris du calendrier de Mario Dumont. Ils sont certains qu’avec lui des mesures seront prises, des délais d’exécution fixés.
Le Parti Québécois repaire de faussaires qui ne demandent qu’à berner et l’Action Démocratique, blanc berceau des indépendantistes qui s’ignorent, tout ceci a l’incroyable du vrai à leurs yeux. Plus vous les contredisez, plus ils sont convaincus. Ils n’ont pas la confiance facile pourtant comme ils le proclament. Alors ils veulent une association des réformateurs sincères, un lobby des oiseaux qui crient pour l’adoption des délais accélérés. Pour base et point de départ, ils ne trouvent rien de mieux que l’abolition des formations indépendantistes existantes. Pour hâter les délais accélérés, ils engueulent les éléments corrompus et les parasites, discutant pour savoir qui sera le prochain affreux qui fera partie du lot.
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Y a-t-il un moment pour se demander si le mouvement indépendantiste ne se porterait pas mieux si tant de partisans ne passaient pas tant de temps à dénoncer la pourriture de leurs instances ? Un jour on n’aime pas Boisclair, l’autre jour on n’aime pas Marois. On ne veut pas se joindre au Conseil de la Souveraineté car on n’aime pas Larose.
On ne veut pas déterminer les grandes directions du travail à moins que ce soit en plénière et d’avoir discuté des aspects concrets, surtout à propos des fonds de l’Etat qui alimenteront la propagande puis, on ne veut plus, car on en marre des discussions oiseuses. Avec un tel état d’esprit, pas étonnant que ces souverainistes finissent par prendre leur jambe à leur cou et clamer haut et fort que Mario Dumont fera un meilleur travail qu’eux.
Ceci dit, on sait que cette grogne vient comme un symptôme. Le Parti Québécois au pouvoir s’est toujours senti sous surveillance. Il ne voulait surtout pas être accusé d’utiliser à ses propres fins les atouts du pouvoir. Lors d’une émission du Club des Ex portant sur la nomination du nouveau lieutenant-gouverneur, Jean-Pierre Charbonneau raconta un souvenir révélateur. Beaucoup de députés péquistes avaient souvent manifesté leurs intentions au cours des huis clos de voir ce poste anéanti et remplacé par une fonction qui représente plus légitimement l’Assemblée nationale. Ils finissaient toujours par se rétracter de crainte de se faire accuser de poursuivre des buts politiques !
Si des indépendantistes craignent de ne pas se situer strictement dans le cadre des principes d’un gouvernement provincial, qui peut déchirer le filet ? Celui qui ne risque pas de se faire accuser d’avoir des intentions politiques préméditées ? Alors certains jettent leur dévolu sur Dumont, l’émissaire hypothétique qui fera le contraire de ce qu’il dit. On finit par entendre ce genre d’aberrations quand, en attendant la légitimité du grand soir, le mouvement souverainiste fait figure d’instrument d’opération ne pouvant servir pour nulle opération.
Dans ce retournement où on attend de son contraire l’aboutissement historique tant voulu, des souverainistes voient en Dumont celui qui ne s’est adapté au système qu’en surface et, dans les figures de proue souverainistes, des partisans superficiels qui sont soumis en profondeur.
André Savard

