*De tous les albums d’Astérix, c’est celui que je préfère. César ne sachant plus quoi faire contre les méchants Gaulois, décide d’envoyer Détritus pour semer la zizanie. Le jour de l’anniversaire du chef Abraracourcix, Détritus offre un vase à Astérix, qu’il prétend être l’homme le plus important du village. Je vous laisse imaginer la suite. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Goscinny savait caricaturer les pires travers des hommes.
Comme ce petit village où habitaient les plus irréductibles des Gaulois, Vigile est une libre communauté de résistants et n’est pas lui non plus à l’abri de la discorde avec ses bagarreurs impénitents et leurs gros ego. Une mine d’or pour un personnage comme Détritus. Ainsi, la nouvelle façon de dénigrer ceux dont l’opinion est trop tranchée consisterait à les accuser de faire des procès d’intentions aux honnêtes indépendantistes, distribuant récompenses et punitions, en prenant bien soin de nommer tous ceux qu’on estime être dans le droit chemin. Si l’on en croit Goscinny, il s’agirait d’une technique héritée de la lointaine époque de la Guerre des Gaules, aujourd’hui appelée renforcement positif.
Y aurait-il de bons et des méchants indépendantistes sur le site de Vigile ? Des personnes aux opinions répréhensibles qu’on devrait punir aussitôt qu’elles errent, alors que les honnêtes indépendantistes auraient le privilège de prêter de malveillantes intentions à tous ceux dont les opinions divergent un peu trop ; les récalcitrants étant d’abord invités à répondre à des questions précises ou à se taire, puis à suivre l’exemple des bons Gaulois récompensés.
Vigile n’est pas une société d’admiration mutuelle soumise à un conditionnement opérant, c’est un lieu de débat où la divergence foisonne parce qu’elle est provocatrice et créatrice de nouvelles idées, justement ce dont a besoin le mouvement indépendantiste pour progresser, l’inverse de la pensée unique et de la convergence qui sévissent dans les journaux de Gesca et de Québécor.
Comme ce petit village gaulois, Vigile a son druide, son barde, son doyen, son chef, son forgeron, son poissonnier et leurs épouses, avec leurs chicanes, leurs blagues et leurs calembours. Il n’y a pas de bonnes et de mauvaises opinions. Il y a des opinions que chacun défend de son mieux autour de la grande table virtuelle de Vigile, comme à la fin de chacun des albums des aventures d’Astérix. Vigile c’est aussi de bonnes baffes aux envahisseurs et à leurs collaborateurs, le plus souvent possible !
Voilà pourquoi Vigile est stimulant et qu’on y revient toujours. Voilà pourquoi Vigile doit demeurer cette potion magique qui nous aide à résister à l’envahisseur. Ce n’est pas parce que le poisson n’est pas toujours frais qu’il faudrait toujours donner raison à la femme du forgeron et exclure le poissonnier de la bande... Et même si on souhaite parfois le bâillonner, que serait Vigile sans son barde ?

