« L’indépendance du Québec se fera. Même ceux qui s’y opposent savent au fond d’eux-mêmes que ce n’est qu’une question de temps. »
Lise Payette

Afghanistan

Après le combat

samedi 4 juin 2011

Après tant d’années, tant de morts et de blessés, du côté canadien comme du côté afghan, il est troublant de constater que la présence militaire canadienne en Afghanistan se résume en un mot : stagnation. Depuis le tout premier envoi de troupes par un gouvernement libéral en 2001 jusqu’à aujourd’hui, alors que la mission de combat tire à sa fin, le questionnement n’a jamais cessé. Qu’avons-nous réellement apporté à ce pays ?

Le Canada s’est fixé bien des moments, ces dernières années, qui devaient voir son retrait de l’Afghanistan. Il y a eu l’horizon 2007, puis 2009, puis enfin cet été 2011 — qui signe en fait un faux départ puisque quelque 940 militaires canadiens vont rester pour entraîner les forces afghanes, mission qui devrait pour sa part prendre fin en 2014.

On insistera ici sur le conditionnel. Déjà, des voix laissent entendre que l’OTAN pourrait maintenir des troupes au-delà de cette date. D’ailleurs, dès 2006, des généraux canadiens affirmaient que la mission se prolongerait une dizaine d’années au moins. Nos politiciens n’ont jamais osé être aussi francs ! Mais les généraux avaient vu clair, car la situation en Afghanistan n’a jamais évolué au point d’en arriver à une transformation du pays.

Ainsi, du récent rapport de l’International Council on Security and Development : on s’y réjouit de victoires militaires, mais en notant du même souffle que les Afghans subissent bien plus qu’ils n’apprécient la présence des troupes de l’OTAN. Les militaires étrangers sont associés au chaos et à l’insensibilité, sans qu’en contrepartie, les projets de développement servant de prétexte à leur déploiement voient le jour. Or, il y a trois ans comme il y a cinq ans, d’autres rapports faisaient exactement le même constat.

La méfiance des populations locales trouve par ailleurs écho dans l’opinion publique des différents pays engagés sur le terrain afghan. Aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France, ici, les gens voient bien les coûts mirobolants consacrés à une guerre perdue d’avance, et ils ne sont qu’une minorité à appuyer leur gouvernement dans ce qui est toujours une aventure. Il faut rappeler qu’en 2006, un rapport du Congrès américain prévoyait que l’Afghanistan serait pacifié en 2011 ! En dépit des discours officiels, plus personne aujourd’hui ne croit à un tel scénario dans un avenir prévisible.

C’est pourtant au nom de la civilisation (accès à l’école, égalité pour les femmes, lutte contre la corruption...) que l’engagement militaire avait été justifié. L’aide allait finir par pleuvoir, mais il fallait d’abord sécuriser le pays, nous a-t-on abondamment répété. Au total, depuis neuf ans, le Canada aura pourtant consacré quelque 9 milliards aux dépenses militaires en Afghanistan, contre seulement 1,64 milliard pour l’aide au développement — à des projets de surcroît bien fragiles. Jamais le gouvernement Harper ne nous a d’ailleurs laissé voir qu’il faisait de ceux-ci une priorité, préférant les visites aux troupes à celles de nouvelles écoles.

C’est pourtant à cette modeste échelle que se trouve l’espoir, celui qu’exprime un capitaine rencontré par notre collègue Alec Castonguay pendant son séjour en Afghanistan : « Il va rester quelque chose de notre présence. Même si un enfant fréquente l’école seulement quelques mois, il va y avoir goûté et voudra y revenir. Toute sa vie, il va savoir que quelque chose de mieux existe. » C’est là parole d’un homme de terrain, et la seule façon de croire que tout ce déversement de violence et de milliards n’aura pas servi à rien.


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