Le 11 septembre 2011

Après Bush et Ben Laden

samedi 10 septembre 2011

Tous nos textes sur le 11 septembre 2001

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Il y aura dix ans demain, les États-Unis vivaient l’horreur en direct. Deux avions détournés par des commandos d’al-Qaïda frappaient les deux tours jumelles du World Trade Center de New York. La manchette du Devoir du lendemain disait tout en trois mots : « Frappés au cœur ». Le pluriel s’imposait. Ce n’était pas que les États-Unis qui étaient frappés, mais toute l’Amérique, tout l’Occident. Bref retour sur cette décennie.

La formule employée par le directeur du journal Le Monde dans les heures qui ont suivi ce drame, « Nous sommes tous Américains », exprimait un sentiment partagé par presque tout l’Occident, puisque c’étaient les valeurs de ce monde autant que les politiques du gouvernement américain qui étaient attaquées. La solidarité s’imposait. Nous allions vite comprendre qu’elle nous aspirerait dans une spirale guerrière infernale.

Attaquée, l’Amérique ne pouvait rester impassible. Elle vivait la perte de son innocence, se découvrant vulnérable à la fois physiquement et moralement. Le monde venait de changer. Il fallait se protéger, d’où la mise en place de mesures de sécurité et de lois dont nous subissons toujours la lourdeur. Il fallait contre-attaquer, ce qui fut fait le 7 octobre avec l’opération « Liberté immuable » en Afghanistan, repaire de l’organisation terroriste de Ben Laden.

La question consistait alors à déterminer jusqu’où il fallait aller. La question se pose encore aujourd’hui. Le Canada, fidèle allié des États-Unis, a suivi la route tracée par le président Bush jusqu’à ce qu’il veuille s’en prendre à tous les États voyous, à commencer par l’Irak. On doit à Jean Chrétien d’avoir écouté les Canadiens qui refusaient d’être conscrits dans une guerre opposant le Satan occidental au Satan musulman. On aura résisté, du moins pendant la première partie de cette décennie, à cette idée de vouloir imposer de force des valeurs comme la démocratie à des peuples qui n’y sont pas prêts.

L’échec des États-Unis en Irak montre à quel point ce fut une erreur. Oui, il fallait désarmer Saddam Hussein, mais il y avait bien d’autres façons qui reposaient sur le dialogue et la patience. Les États-Unis, s’ils connaissaient bien le monde arabe, celui des princes et des présidents, n’y comprenaient goutte. La hantise d’une révolution islamique leur a fait soutenir des dictatures immondes pendant des années, alors que la révolution qui se préparait en Tunisie, en Égypte, au Yémen, en Syrie était celle d’une libération des interdits, porteuse de véritables ferments démocratiques.

Cette décennie dominée par George W. Bush et Oussama ben Laden est terminée. Toutefois, leur esprit exerce toujours une emprise sur nos gouvernements. Il faut s’en libérer. Au Canada, l’exercice était bien engagé, mais, depuis ce 2 mai où un gouvernement conservateur majoritaire fut élu, nous sommes engagés à rebours sur ce sentier. Les lois antiterrorisme de sécurité adoptées le 18 décembre 2001 n’avaient pas été renouvelées au terme des cinq ans prévus à une clause crépusculaire. Aujourd’hui, le premier ministre Stephen Harper entend les réintroduire.

Ces cinq dernières années, le Canada a bien géré sa sécurité intérieure sans avoir besoin de cet arsenal législatif. Selon Stephen Harper, la suspension de libertés fondamentales se justifie par le contexte toujours actuel de sécurité dans le monde. Il veut pouvoir ordonner des détentions préventives si ses polices le jugent nécessaire. Comment le justifie-t-il ? Voici ses propres mots.

« Dans un tel monde, la force n’est pas une option. Elle est une nécessité. L’ambiguïté morale, l’équivalence morale ne sont pas des options, elles sont de dangereuses illusions » (10 juin 2011). Mais où donc est la main tendue à ces sociétés à la recherche d’une liberté nouvelle ?


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