Texte publié dans Le Devoir du jeudi 27 décembre 2007
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Victoire relative
La Conférence de Bali sur les changements climatiques s’est conclue par une victoire relative, surtout diplomatique, engageant pour la première fois tous les pays participant aux négociations d’un accord post-Kyoto qui doivent s’amorcer en avril 2008 et se terminer fin 2009 à Copenhague au Danemark. Victoire car les États-Unis ont dû se rallier au principe de la responsabilité commune mais différenciée (qu’ils rejetaient dans l’accord de Kyoto) permettant d’unir pays développés et en voie de développement à une même table de négociations bien qu’ils aient fait reporter l’adoption de mesures fermes, chiffrées à la fin de ces prochaines négociations.
Cependant l’Union Européenne et les pays en voie de développement se sont entendus sur l’accélération des transferts technologiques, la lutte à la désertification, l’aide en cas de catastrophes naturelles.
Les engagements fermes recommandés par les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), appuyés par l’Union Européenne, soit une réduction globale de 25 à 40% des émissions de gaz à effet de serre pour 2020, sont reportés comme base de discussion à la fin de 2009. L’urgence de décider immédiatement ses engagements se base sur le travail de 800 scientifiques, de plus de 2500 études et un taux d’exactitude de plus de 80%.
Le gouvernement canadien actuel, tout en refusant de ratifier l’accord de Kyoto, s’opposait aussi, durant la conférence, à des objectifs chiffrés pour déplorer après la faiblesse de l’accord. Suite aux pressions publiques, il a dû se rallier aux autres accords importants mis de l’avant par l’Union européenne et les pays en voie de développement.
Penser globalement, agir localement
Après cette conférence cruciale, on doit revenir au mot d’ordre « Penser globalement, agir localement ». Montréal et le Québec peuvent faire plus et mieux au niveau de la réduction des émissions de gaz à effets de serre bien que nous appuyions déjà le protocole de Kyoto.
Le Québec peut exporter davantage d’énergie propre, renouvelable (hydro-électrique, éolienne) au Canada (Ontario, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, etc.) et aux États-Unis pour leur permettre de fermer des centrales polluantes au charbon ou au gaz. Hydro-Québec construit une ligne pour doubler ses exportations en Ontario. Les exportations génèrent aussi des profits dont la moitié, versée au gouvernement, finance en partie nos services publics.
Une nouvelle gestion de la forêt boréale, avec 8% d’aires protégées, sans coupe à blanc, permet à la forêt de jouer son rôle de puits de carbone pouvant capter 100 tonnes annuelles de CO2 par hectare de forêt.
En stimulant le transport des marchandises par train et bateau, cela contribue à réduire le transport routier par camion et donc la pollution et la facture de réfection du réseau routier. Des projets de trains rapides pourraient aussi être lancés.
Le gouvernement du Québec peut aussi accélérer la mise sur pied d’une industrie éolienne intégrée par des exemptions fiscales prolongées, attirant de nouveaux investisseurs. Le Danemark et l’Allemagne ont appliqué une telle politique avec une réussite extraordinaire. À l’échelle du Canada, on pourrait hausser les impôts des entreprises d’énergie fossiles pour provoquer un transfert de capitaux vers les énergies renouvelables plus rentables, et donc un remplacement plus rapide de ces énergies traditionnelles polluantes (pétrole, gaz, etc.). Les entreprises doivent penser l’innovation technologique autant sur le plan environnemental que productif.
Le nouveau plan de transport devant être adopté par la Ville de Montréal peut réduire substantiellement la pollution et les épisodes de smog dans la grande région métropolitaine. Dans tous les centres urbains, on peut planter de dizaines de milliers d’arbres comme puits de carbone, capteurs de la pollution par l’automobile.
Ces objectifs, ces mesures appuyés par la majorité de l’opinion publique peuvent faire du Québec en Amérique du Nord un leader exemplaire qui ne compte pas ses efforts pour améliorer l’environnement, pour appliquer Kyoto et pour se préparer à l’après-Kyoto en 2012.
La mobilisation citoyenne alliée à la volonté politique de nos gouvernants fera la différence.
André Rousseau
membre de l’Association Québécoise de Lutte contre la Pollution Atmosphérique (AQLPA)
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

