« La guerre c'est la paix
La liberté c'est l'esclavage
L'ignorance c'est la force »
George Orwell (1984)

Grève étudiante

Appel au dialogue

L’immobilisme du gouvernement aura des conséquences graves pour des milliers d’étudiants.

samedi 14 avril 2012

Que l’enseignement supérieur constitue l’un des socles de notre développement économique et social est un constat qui fait largement consensus au Québec. L’affrontement actuel entre le gouvernement et les étudiants met notre avenir en péril : nous pourrions être témoins de la liquidation d’un aspect majeur de la Révolution tranquille, l’une des clés de cet avenir. La logique qui pousse à opposer les étudiants aux travailleurs et aux contribuables est artificielle et contre-productive. Ce n’est pas en divisant les Québécois que nous réussirons à établir une politique durable de l’enseignement supérieur, mais plutôt en ouvrant le dialogue et en cherchant des solutions novatrices.

Dans le Plan de financement des universités québécoises 2011-2017, présenté lors du budget 2011-2012, le gouvernement impose aux étudiants une hausse de 75 % des droits de scolarité sur cinq ans. Cette augmentation fait suite à une autre, décrétée en 2007, laquelle au bout de cinq ans a haussé les droits de scolarité de 500 $. À terme, les droits de scolarité auront donc augmenté de 127 % depuis 2007 et atteindront 3793 $ pour un étudiant à plein temps.

À cette hausse excessive, on doit ajouter l’explosion depuis 20 ans des frais institutionnels obligatoires (les frais afférents) facturés par les universités, qui s’élèvent en moyenne à 700 $. Tout cela fera que la facture annuelle d’un étudiant à plein temps s’élèvera à 4500 $ par année.

Sachant que seulement 39 % des étudiants ont droit aux prêts et bourses, l’accessibilité aux études supérieures risque d’être sérieusement menacée. On comprend pourquoi le 22 mars, jour de la grande manifestation de Montréal, 300 000 étudiants étaient en grève et 200 000 dans la rue.

Dés pipés

Qui, à leur place, accepterait de payer une hausse de 127 % en 10 ans ? Comment approuver pareille augmentation de la part d’un gouvernement selon lequel « chacun doit faire sa part » ? Et comment envisager qu’une famille de la classe moyenne, dont les enfants n’ont pas droit aux prêts et bourses, soit en mesure d’envoyer trois enfants à l’université au coût de 13 500 $, sans compter la nourriture, le logement, les livres ou le transport ?

Le gouvernement a la responsabilité de piloter la sortie de la crise dans laquelle il nous a plongés. Le 29 mars dernier, la ministre de l’Éducation a annoncé être favorable au dialogue, mais seulement sur une éventuelle bonification des prêts et bourses. Elle a réitéré ses positions le 5 avril dernier au moment où elle annonçait des mesures supplémentaires. La ministre ne veut même pas entendre parler de toucher à la hausse de 75 %, pourtant à l’origine de la crise.

Lors de la rencontre organisée en décembre 2010 à Québec avec l’ensemble des acteurs de l’enseignement supérieur, les syndicats et les associations étudiantes ont claqué la porte parce que les dés étaient pipés. La ministre a en effet annoncé dès le départ que la décision d’augmenter les droits de scolarité avait déjà été prise. La logique d’affrontement stérile à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés date précisément de cet épisode.

De l’affrontement au dialogue

Nous croyons qu’il est temps de passer d’une logique d’affrontement à une logique de dialogue. L’immobilisme du gouvernement aura par ailleurs des conséquences graves pour des milliers d’étudiants (prolongation de session, perte d’emplois d’été, etc.), mais aussi pour nos établissements d’enseignement qui verront les prochains mois grandement perturbés.

Il faut nous entendre sur une politique durable de financement des universités qui ne sera pas chamboulée tous les deux ans. Nous demandons au gouvernement de renoncer à la hausse de 75 % des droits de scolarité et d’ouvrir un véritable dialogue avec les étudiants et tous les acteurs concernés. Nous proposons la tenue dans les plus brefs délais d’un vrai sommet sur les finalités et le financement de l’enseignement supérieur, qui se fera dans un esprit de collaboration et d’ouverture. En 2000, le gouvernement du Québec a tenu un sommet sur la jeunesse et a su rallier tous les intervenants.

Selon nous, les discussions devraient être guidées par trois principes fondamentaux, lesquels sont inspirés par l’engagement international du Canada et du Québec inscrit au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de l’Organisation des Nations unies : l’accessibilité pour tous aux études supérieures, sans égard au revenu familial ; pas d’endettement supplémentaire pour les étudiants ; pas de fardeau supplémentaire pour les familles à faible revenu et celles de la classe moyenne. Les discussions porteraient notamment sur les grands thèmes suivants :


- la qualité de l’enseignement et de la recherche ;

- l’adéquation entre la formation et les besoins de l’économie ;

- le financement du réseau des universités québécoises et la détermination de la part de l’État, des étudiants et du secteur privé ;

- la gestion des universités ;

- l’évaluation des coûts globaux des droits de scolarité, y compris les frais afférents.

Depuis des semaines, de nombreux observateurs du monde de l’éducation proposent des solutions innovantes et pertinentes pour financer nos universités. Écoutons-les !

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Collectif d’auteurs

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Ont signé ce texte : Pauline Marois, députée de Charlevoix et chef de l’opposition officielle ; Marie Malavoy, députée de Taillon et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’enseignement supérieur, de prêts et bourses, de recherche, de technologie et d’innovation ; Mathieu Traversy, député de Terrebonne et porte-parole de l’opposition officielle pour la jeunesse et les affaires étudiantes ; Louis Bernard, ancien secrétaire général du Conseil exécutif ; Robert Bisaillon, ancien sous-ministre adjoint de l’Éducation ; Paul Inchauspé, ex-directeur général du collège Ahuntsic ; Yves Martin, ancien sous-ministre de l’Éducation ; Jacques-Yvan Morin, ministre de l’Éducation de 1976 à 1981 ; Jean-Pierre Proulx, journaliste et professeur retraité ; Céline Saint-Pierre, professeure émérite de sociologie, UQAM.


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Conflit étudiant - grève illimitée - printemps 2012

Profs contre la hausse

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"si les Perses ont rencontré leur Némésis, en Alexandre ; les Celtes, en Jules César ; un empire chinois en déclin, en Gengis Khan... eh bien, notre Némésis, celui ou celle par qui semble arriver notre destruction (ou celle d’un Québec en lequel nous nous reconnaîtrions encore), est un petit grassouillet bas sur pattes, à l’envergure intellectuelle assez limitée, utilisant des ruses telles qu’on le voit venir d’avance...

Il y aurait peut-être de quoi nous donner des complexes. Alors, rémédions à la situation !" Commentaire 16 mai 2012

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Les libéraux ont voulu détruire les acquis de la Révolution tranquille - leur idéologie est un poison (les inégalités en témoignent). Alors discuter avec un pouvoir aliéné par cette idéologie néolibérale, c’est une perte de temps. Ce pouvoir est devenu étranger au peuple québécois. La sortie de crise : moratoire, élection, États généraux sur l’éducation. Et renouer avec la Révolution tranquille ! - Vigile

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