Voici un large extrait d’un article publié le 11 novembre 2009, Les larmes de la démocratie, à l’occasion de la visite royale du prince Charles à Montréal. Un texte toujours d’actualité dans le contexte de la visite du prince William et de la princesse Kate à Québec.
« (...) Les historiens nous diront que c’est la même monarchie anglaise qui a envoyé ses troupes en 1759 pour envahir la Nouvelle-France. Mais plus récemment, en 1982, c’est la reine d’Angleterre qui est venue entériner en personne un des gestes les plus antidémocratiques de l’histoire du Québec et du Canada. À l’occasion du rapatriement de la constitution de 1867, le Canada, l’Angleterre et sa royauté imposaient au Québec une nouvelle constitution et une charte qu’il n’avait pas voulues, ni signées, puisque rejetées à l’unanimité par ses députés de l’Assemblée nationale.
(…) La monarchie britannique ne peut pas nous laisser indifférents comme peuple puisqu’elle est un vestige toujours vivant qui sert à cautionner chaque jour l’illégitimité de la constitution canadienne. Lorsque la Gouverneure générale du Canada a autorisé (…) le premier ministre canadien Stephen Harper à ajourner la session parlementaire en cours pour qu’il évite un vote défavorable de la chambre des communes qui aurait fait tomber son gouvernement, la monarchie par sa représentante a encore une fois servi à légitimer ce qui ne l’était pas.
La première chose qu’a faite le premier ministre canadien après avoir obtenu son ajournement de la Gouverneure générale fut de prendre les élus indépendantistes du Québec – ceux du Bloc - à partie et de dénoncer tous ceux qui avaient eu le malheur de s’associer à eux pour tenter de faire tomber le gouvernement. Parce qu’il avait l’appui de la représentante de la reine, Stephen Harper pouvait insulter les Québécois et leurs élus, un geste inqualifiable et inconcevable dans une vraie démocratie.
Toutes les illégalités et les illégitimités commises par les gouvernements de ce pays lorsqu’il y a un enjeu important trouvent toujours leurs motivations dans l’exacerbation du ressentiment anti-Québécois et leur caution auprès de la monarchie britannique. Ça fait partie de l’héritage historique du Canada. (…)
Paradoxalement, ce sont Patrick Bourgeois et les membres du RRQ qui sont les derniers remparts de la démocratie au Québec et au … Canada contre la monarchie britannique ! Une monarchie qui sert à rendre légal ce qui ne l’est pas ne devrait pas exister dans un pays qui se dit démocratique comme le Canada. Une monarchie qui permet au Canada anglais de se dédouaner des gestes antidémocratiques qu’il a pu commettre et qu’il commettra encore contre le Québec.
(…) Quand la police protège la monarchie et qu’elle s’en prend à la foule qui manifeste librement, c’est parce que le régime ne tourne pas rond. Cette police ne défend plus les institutions démocratiques, mais contribue plutôt à renforcer le pouvoir antidémocratique d’une monarchie sur ses sujets québécois à qui elle a imposé de force une constitution qui n’a aucune légitimité. (…)
Comment peut-on qualifier un État qui est gouverné sous l’égide d’une constitution qu’il n’a pas adoptée et qu’on lui a imposée de force ? Antidémocratique.
Comment peut-on qualifier le gouvernement qui la lui a imposée ? Antidémocratique.
Comment peut-on qualifier les institutions qui la font respecter : ces gouvernements, ces juges et ces policiers antiémeutes ? Antidémocratiques.
La manifestation (…) contre la monarchie britannique (est) une manifestation contre le pouvoir symbolique de cette royauté et ses conséquences sur le Québec, contre l’illégitimité de la constitution de 1982, contre la Charte de 1982, contre les jugements iniques de la Cour Suprême du Canada rapetissant de plus en plus chaque jour les pouvoirs du Québec et fragilisant sa langue et ses institutions (...).
Si nous voulons la souveraineté, c’est parce que nous voulons enfin une vraie démocratie pour le Québec. Le Canada est fondamentalement un pays antidémocratique et la monarchie anglaise en est non seulement le symbole, mais également la caution qui autorise depuis la conquête de 1759 les pires abjections contre le Québec, comme cette constitution, cette charte des droits, cette loi sur la clarté et tous ces jugements de la Cour Suprême contre la Charte de la langue française. »*
C’est contre cela que les partisans du RRQ manifestent ce 3 juillet à Québec. Contre l’illégitimité des institutions canadiennes qui s’imposent au Québec grâce au pouvoir constitutionnel de la monarchie britannique !
*Source : Les larmes de la démocratie, le 11 novembre 2009

