Le Québec et la royauté britannique

Antidémocratique

Si nous voulons la souveraineté, c’est parce que nous voulons une vraie démocratie pour le Québec

Billet — Louis Lapointe
dimanche 3 juillet 2011
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Voici un large extrait d’un article publié le 11 novembre 2009, Les larmes de la démocratie, à l’occasion de la visite royale du prince Charles à Montréal. Un texte toujours d’actualité dans le contexte de la visite du prince William et de la princesse Kate à Québec.

« (...) Les historiens nous diront que c’est la même monarchie anglaise qui a envoyé ses troupes en 1759 pour envahir la Nouvelle-France. Mais plus récemment, en 1982, c’est la reine d’Angleterre qui est venue entériner en personne un des gestes les plus antidémocratiques de l’histoire du Québec et du Canada. À l’occasion du rapatriement de la constitution de 1867, le Canada, l’Angleterre et sa royauté imposaient au Québec une nouvelle constitution et une charte qu’il n’avait pas voulues, ni signées, puisque rejetées à l’unanimité par ses députés de l’Assemblée nationale.

(…) La monarchie britannique ne peut pas nous laisser indifférents comme peuple puisqu’elle est un vestige toujours vivant qui sert à cautionner chaque jour l’illégitimité de la constitution canadienne. Lorsque la Gouverneure générale du Canada a autorisé (…) le premier ministre canadien Stephen Harper à ajourner la session parlementaire en cours pour qu’il évite un vote défavorable de la chambre des communes qui aurait fait tomber son gouvernement, la monarchie par sa représentante a encore une fois servi à légitimer ce qui ne l’était pas.

La première chose qu’a faite le premier ministre canadien après avoir obtenu son ajournement de la Gouverneure générale fut de prendre les élus indépendantistes du Québec – ceux du Bloc - à partie et de dénoncer tous ceux qui avaient eu le malheur de s’associer à eux pour tenter de faire tomber le gouvernement. Parce qu’il avait l’appui de la représentante de la reine, Stephen Harper pouvait insulter les Québécois et leurs élus, un geste inqualifiable et inconcevable dans une vraie démocratie.

Toutes les illégalités et les illégitimités commises par les gouvernements de ce pays lorsqu’il y a un enjeu important trouvent toujours leurs motivations dans l’exacerbation du ressentiment anti-Québécois et leur caution auprès de la monarchie britannique. Ça fait partie de l’héritage historique du Canada. (…)

Paradoxalement, ce sont Patrick Bourgeois et les membres du RRQ qui sont les derniers remparts de la démocratie au Québec et au … Canada contre la monarchie britannique ! Une monarchie qui sert à rendre légal ce qui ne l’est pas ne devrait pas exister dans un pays qui se dit démocratique comme le Canada. Une monarchie qui permet au Canada anglais de se dédouaner des gestes antidémocratiques qu’il a pu commettre et qu’il commettra encore contre le Québec.

(…) Quand la police protège la monarchie et qu’elle s’en prend à la foule qui manifeste librement, c’est parce que le régime ne tourne pas rond. Cette police ne défend plus les institutions démocratiques, mais contribue plutôt à renforcer le pouvoir antidémocratique d’une monarchie sur ses sujets québécois à qui elle a imposé de force une constitution qui n’a aucune légitimité. (…)

Comment peut-on qualifier un État qui est gouverné sous l’égide d’une constitution qu’il n’a pas adoptée et qu’on lui a imposée de force ?
Antidémocratique.

Comment peut-on qualifier le gouvernement qui la lui a imposée ? Antidémocratique.

Comment peut-on qualifier les institutions qui la font respecter : ces gouvernements, ces juges et ces policiers antiémeutes ? Antidémocratiques.

La manifestation (…) contre la monarchie britannique (est) une manifestation contre le pouvoir symbolique de cette royauté et ses conséquences sur le Québec, contre l’illégitimité de la constitution de 1982, contre la Charte de 1982, contre les jugements iniques de la Cour Suprême du Canada rapetissant de plus en plus chaque jour les pouvoirs du Québec et fragilisant sa langue et ses institutions (...).

Si nous voulons la souveraineté, c’est parce que nous voulons enfin une vraie démocratie pour le Québec. Le Canada est fondamentalement un pays antidémocratique et la monarchie anglaise en est non seulement le symbole, mais également la caution qui autorise depuis la conquête de 1759 les pires abjections contre le Québec, comme cette constitution, cette charte des droits, cette loi sur la clarté et tous ces jugements de la Cour Suprême contre la Charte de la langue française. »*

C’est contre cela que les partisans du RRQ manifestent ce 3 juillet à Québec. Contre l’illégitimité des institutions canadiennes qui s’imposent au Québec grâce au pouvoir constitutionnel de la monarchie britannique !

*Source : Les larmes de la démocratie, le 11 novembre 2009

Commentaires

  • François Ricard, 6 juillet 2011 18h43

    Une gouvernance véritablement démocratique fait une nette différence entre les trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. Le système britannique est totalement bancal et fait du premier ministre un vrai monarque .Il dirige les législateurs (ses propres députés, à cause de la ligne de parti, ne sont là que pour endosser ses mesures) ; il supervise l’exécution du tout en nommant ou en dégommant les ministres. De plus, il a une certaine influence, sinon une influence certaine, sur la nomination des juges. C’est en fait un véritable dictateur pour la durée de son mandat.

    Donnons-nous une constitution qui établit une nette distinction des pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire.

    Élisons notre président, ou chef de l’état, au suffrage universel.

    Permettons à nos députés de voter selon leur conscience et selon les besoins de leurs commettants.

    Revoyons le financement des partis politiques afin qu’ils demeurent la propriété de la population et non des machines au service des riches.

    Donnons-nous un système électoral (à deux tours, ou une proportionnelle, ou une combinaison des deux) qui permettra d’avoir une députation vraiment représentative de toute la population.

  • Danièle Fortin, 4 juillet 2011 01h25

    Québec solidaire propose, comme méthode d’accession à l’indépendance, la mise en place d’une Assemblée constituante dont les membres constituants seront élus au suffrage universel. L’idée générale étant qu’aucun-e élu-e actuel-le ( ou d’un proche avenir ) d’une législature n’a pas à participer, de près ou de loin, à l’élaboration de la première Constitution du Québec. C’est ce même modèle de constituante que proposent, en France, André Bellon et le candidat du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon et que mettent, aujourd’hui en pratique, les Islandais.
    Considérant qu’entre 70 et 85% des Québécois sont favorables à l’abolition de la monarchie au Québec, il est fort à parier que cette première Constitution sera résolument républicaine... et indépendantiste car le principe même d’Assemblée constituante n’est pas reconnu dans l’Acte de 82 qui sert de ( fausse ) Constitution au Dominion of Canada™.

    70% à 85% des citoyen-ne-s pour la république et 40-45% de ces mêmes citoyens pour la souveraineté.
    La république fait quasiment consensus, la souveraineté seule, quant à elle, divise la population en deux camps distincts.

    Comme l’écrivait John Trent dans un article malheureusement disparu du site uni.ca : « le grand danger, pour l’unité canadienne, est qu’un Gouvernent sécessionniste établisse un régime républicain et fasse l’indépendance par la porte d’en-arrière ».

    Peu importe l’avis des juristes et autres constitutionnalistes, si l’on prend pour acquis qu’au Québec seul le peuple est souverain allons-y ! Mettons à mal le BNA-Act revampé par Trudeau en 82 !

    Ça ne peut certes pas être pire qu’un référendum sur une seule question qui diviserait, pour une troisième fois, la population québécoise !

    Que pourrait-il arriver de si grave ?! On peut s’attendre qu’Ottawa et Bay Street feront dans la menace certes mais si nos élites souverainistes tiennent muet le projet de constituante calqué sur le modèle de Qs et de la gauche française c’est aussi, ne nous le cachons pas, parce que ces élites ne pourraient pas influencer les règles du jeu fondamentales qui régiraient l’État québécois. Perdant ainsi, comme l’élite fédéralo-corporatiste canadian, leurs privilèges et l’appui de leurs groupes d’intérêts.
    Mais manque de pot pour ces « princes » et autres « reines », souverainistes ou fédéralistes ; de droite comme la de gauche, la promotion pour une véritable démocratie l’emportera !

    Qui peut se dire ouvertement contre la démocratie-citoyenne ? Qui peut s’élever contre l’émancipation d’un peuple ?

    En ce 21e s. il n’y a plus de gauche, il n’y a plus de droite, comme il n’y a plus de souverainistes ni de fédéralistes. Il n’y a que les oligarques des grandes organisations mondiales comme le FMI, la Banque mondiale, l’OCDE, etc. et la nation, le peuple.

    - 

  • u, 3 juillet 2011 10h58

    Louis,

    Une vraie démocratie passe par 2 choses :

    1 - L’abolition de la monarchie, c’est-à-dire concrètement, au Québec, l’abolition du poste de Lieutenant-Gouverneur et la création d’une République ;

    2 - Une démocratie de participation citoyenne devant assurer en tout temps et dans la gestion quotidienne de la gouvernance la souveraineté effective du peuple, par la mise sur pied d’une constituante et l’adoption d’une constitution moderne et progressiste pour le Québec.

    3 - Au Canada, il est impossible d’abolir les postes de Gouverneur général ou de Lieutenant gouverneur, sans passer par la lourde procédure d’amendement exigeant la participation de la Chambre des communes, du Sénat et une majorité de provinces représentant 50% de la population canadienne. Une lourde commande voire impossible sur les bras, qu’il faut oublier.

    4 - S’il fallait procéder par référendum pour abolir le poste de Lieutenant-Gouverneur, ce geste équivaudrait à une déclaration d’indépendance et susciterait immédiatement une opposition féroce de la part du Canada.

    5 - Vu sous cet angle, le Canada c’est vraiment le Cadenas.

    6 - Pour la démocratie de participation ou la démocratie directe, il est fort probable que la résistance viendra des élus eux-mêmes appuyés des oligarques qui s’accommodent très bien du statu quo officiel, Ce n’est pas demain la vieille qu’une nouvelle constitution québécoise établira une Chambre (Haute) des citoyens tirés au sort pour agir comme mécanisme de surveillance des élus.

    7 - Donc la bataille pour une vraie démocratie passe d’abord par la souveraineté de l’État, c’est-à-dire la déclaration d’indépendance suivie de l’élaboration d’une constitution à saveur citoyenne mise sur pied par une constituante et approuvée par référendum.

    8 - Cela devrait être l’unique programme d’une Coalition indépendantiste citoyenne et son unique raison d’être.

    Pierre Cloutier ll.m
    avocat à la retraite

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