
Notre cadre de références culturelles n’est pas partagé par les anglophones ni les allophones. La regrettable conséquence en est qu’il n’y a pas d’échanges véritables possibles autres que superficiellement et jamais dans le sens du partage appréciatif d’un bagage commun.
En quoi consiste ce cadre de références culturelles qui seul permet aux gens la complicité des idées et des impressions ? En mille et une petites choses qui forment les éléments d’une culture bien distincte des autres et qui favorisent le rapprochement entre les personnes.
Au cours d’une conversation, on dira : "comme disait Patrick Huard (ou Rémi Girard) dans son dernier film ; "as-tu vu les reprises de "la p’tite vie" ? ; "Joseph Facal a mis le doigt sur le bobo à Bazzo cette semaine" ; "Mario Dumont a osé dénoncer telle politique douteuse", "Paul Arcand n’y va pas avec le dos de la main morte", etc.

D’autres parleront entre eux de la dernière chorégraphie de Marie Chouinard, seront abonnés au roman postal de Marie Laberge, compareront avec plaisir "Coke en stock" avec "Colocs en stock" et se retrouveront dans la version québécoise de l’oeuvre de Hergé. Ils seront allés voir la comédie musicale sur les chansons de Beau Dommage, comprendront lorsqu’on fait allusion dans une conversation au Géant Beaupré, à Alexis le Trotteur, à Jos Montferrand de Vigneault, à l’homme fort Louis Cyr, ou au légendaire Bonhomme Sept-Heures.
Certains auront vu Broue de Claude Meunier ou les Belles Soeurs de Tremblay plus d’une fois et en reparleront. On discutera des mérites des disques de Daniel Bélanger, de Brigitte Boisjoli, d’Angèle Dubeau et la Pieta ; d’un concert d’Alain Lefèvre ou des Violons du Roy. On essaiera les recettes de Ricardo ou de Josée di Stasio.
Vous voyez-vous aborder un seul de ces sujets avec un anglo/allo ? Vous vous frapperez à un mur d’indifférence ou on vous regardera d’un air interloqué et ahuri, sans rien y comprendre. Fin de toute possibilité d’échange. Deux solitudes en effet.

Entre nous, on se comprendra si on parle de "Ti-Poil", de Pierre-Karl à Julie ou ce que représente Michèle Richard dans le monde du show-biz québécois. On dira : bien s’exprimer comme Henri Bergeron, on évoquera avec nostalgie les Beaux Dimanches ou Bobino si on a un certain âge, ou bien Passe-Partout ou le Club des 100 watts avec Marc-André Coallier pour les plus jeunes. On se rappellera en riant les bd d’Astérix ou de Lucky Luke.
On réfléchira à l’humour grinçant et politique de l’humoriste Guy Nantel et on pouffera de rire en racontant un sketch de Marc Labrèche imitant Jean-Luc Mongrain.
Je viens d’énumérer toute une série de référents culturels choisis parmi la culture populaire et savante. Tous ces éléments forment un bagage d’informations qui permet le partage des idées entre les gens, en plus de l’identification à la société à laquelle on appartient. Ils apparaissent à tout moment, pratiquement à chaque phrase. Sans une connaissance mutuelle de ces référents, la conversation tombe à plat, ne suscite plus d’intérêt. On perd le fil. On ne suit plus.
Mais hélas, tous ces aspects de notre riche culture ne trouvent aucun écho lorsqu’on converse avec un anglophone ou un allophone qui par indifférence ou refus d’adhésion s’est fermé à notre monde culturel.
Tous ces non-Québécois (en dépit de ceux qui en revendiquent le titre) ne sont ici que pour occuper les lieux, en tirer profit, et vivre à part replié sur sa communauté (n’ayant aucun intérêt à faire vivre notre culture). Ce sont des agents de canadianisation à la solde de l’idéologie fédéraliste destructrice de notre essence même. Ils contribuent par leur non-participation passive à l’affaiblissement de la vie de notre culture et réduisent les échanges uniquement à leur cadre de références, jamais au nôtre.
La seule solution est pourtant si simple : une nation, une culture partagée, voilà tout.
Réjean Labrie, de Québec, capitale nationale.
En complément de lecture :
Une définition de la culture québécoise : http://www.vigile.net/Une-definitio...
Colocs en stock : un Tintin bien de chez nous : http://www.vigile.net/Un-Tintin-bie...
Illustrations : tableaux de Marc-Aurèle Fortin, Clarence Gagnon et Jean-Paul Lemieux.



