Le député péquiste Bernard Drainville a déclaré qu’il était difficile de célébrer la victoire des Britanniques contre les Français, le 13 septembre 1759.
« C’est une défaite. Il n’y a rien à célébrer là dedans, et nous, on est des souverainistes, des indépendantistes et on pense quelque part qu’il faut corriger ce fait historique », a-t-il dit.
A cette déclaration, sur son blogue de l’éditorial sur Cyberpresse, André Pratte a réagi en donnant une leçon de vocabulaire au député de Marie-Victorin.
"Pourtant, écrit Pratte, personne ne parle de célébrer. On veut commémorer, c’est-à-dire rappeler à la mémoire des gens. Faudrait-il oublier cet événement, marquant s’il en est un ? Faut-il oublier le fait que le Québec est devenu ce qu’il est devenu en partie en raison de la Conquête ? (...) Ce qu’on sait, c’est que 250 ans après la victoire du général Wolfe, le Québec est aujourd’hui une région privilégiée du monde par sa prospérité, sa démocratie, la qualité de vie."
Donc, apparemment, Pratte et Drainville semblent d’accord sur un point : il n’est pas question de célébrer, ni de fêter ; il s’agit de se souvenir d’un événement, d’une bataille entre les Anglais et les Français qu’il s’agit de reconstituer. C’est le sens du mot commémorer. Un grand jeu de société quoi, un spectacle offert dont on ne peut nier le caractère "festif" (dit Pratte) comme on peut le voir sur le site de la Commission des champs de bataille nationaux qui organise plusieurs activités autour de cet événement historique. Ces activités visent des objectifs touristiques mais aussi, selon Pratte, des objectifs pédagogiques. Mais surtout pas des objectifs politiques. Quand Michaêlle Jean a fait son discours sous la pluie à Québec et a cité Gaston Miron et Pauline Julien, elle ne faisait pas de politique : c’était émouvant, elle avait le coeur à la tendresse !...
Quand nous souverainistes entendons parler de pédagogie historique de la part d’un organisme fédéral, nous nous méfions. Nous avons vu ce que ça veut dire pendant les fêtes du 400è de Québec. Michaëlle Jean est devenue la successeure de Champlain. Le moins qu’on puisse dire c’est que c’était une pédagogie déformante.
Ici, par exemple, du point de vue des Anglais et d’André Pratte, la bataille des plaines d’Abraham est une victoire, une Conquête ; mais du point de vue des Français dont nous sommes les descendants et de Bernard Drainville, c’est une défaite. Les points de vue indépendantistes et fédéralistes diffèrent.
"Mais attention, nous avertit le grandiloquent Pratte, les indépendantistes, comme tous les politiques, veulent tout simplement imposer leur vision de l’histoire. Mais l’histoire ne leur appartient pas, elle appartient au peuple."
Et le peuple qui parle par la bouche du penseur à gages de Paul Desmarais, voici ce qu’il dit : "oublier 1759, c’est effacer tout ce qui dans notre héritage, nous vient des Anglais." En affirmant que "le Québec est devenu ce qu’il est devenu en partie en raison de la Conquête"et en disant : "Ce qu’on sait, c’est que 250 ans après la victoire du général Wolfe, le Québec est aujourd’hui une région privilégiée du monde par sa prospérité, sa démocratie, la qualité de vie," est-ce qu’André Pratte n’est pas en train de transformer une défaite militaire en victoire politique ! Ne pourrait-t-on pas remplacer les prudents "En raison de" et "après la victoire du général Wolfe" par "à cause de" ! Qu’en pense Luc Archambault ?
Sur le blogue de l’éditorialiste, Ken Bourgault écrit :
"On devrait dire merci à la Couronne britannique de nous avoir donné la prospérité, la démocratie, et la qualité de vie ? Laissez-moi rire. Tout ce que le Québec a aujourd’hui, il l’a MALGRÉ la volonté de la couronne britannique de nous assimiler et de nous voir disparaître. Je vous savais radicalement fédéraliste M. Pratte, j’ignorais que vous pratiquiez aussi le révisionnisme historique." "Allez voir le site de la Commission, nous conseille Pratte ; les événements prévus pour cette année sont très intéressants, festifs oui mais surtout pédagogiques (sic). Ils permettront à chacun, y compris à M. Drainville, de faire valoir sa propre interprétation des événements."
Légère contradiction : ce sera "festif" mais il ne s’agit pas de fêter, de célébrer. A mon tour de donner une leçon de vocabulaire à l’éminent éditorialiste en chef de l’organe de propagande fédéraliste par excellence.
Mais voici le point culminant où Pratte fait la démonstration de sa culture historique hors pair et de sa mauvaise foi sans bornes quand il écrit :
"On ne célèbre pas une défaite, disent les péquistes. Ah… Pourquoi célèbrent-ils la rébellion de 1837 chaque année ?"
Comme disait Gaston Miron : "la confusion est dans nos poutres".
Sur le blogue, un anonyme a répliqué :
"Quant à comparer cette défaite de 1759 avec 1837, il faut être tordu, pour oser comparer ces événements. 1837 était un acte de révolte afin de reconquérir ce pays, mettre fin à un régime qui tapait allègrement sur la société canadienne française. Au moins ces gens ne se sont pas couchés. Ils croyaient à leur nation, et ils voulaient la reconquérir. Si j’avais une trentaine d’années de moins, laissez-moi vous dire que je réécrirais l’histoire, et je renverserais le résultat de la bataille. Ça ferait une maudite belle foire sur les plaines."
La Commission a tellement peur de ce genre de réaction qui gâcherait la commémoration qu’elle songe à tout annuler. Dommage, comme l’a dit Georges-Etienne Cartier, ça ferait un joli bordel sur les Plaines d’Abraham. Et pas besoin d’avoir trente ans de moins pour y participer, s’il y a lieu.
Pour revenir à André Pratte, ce n’est pas d’hier qu’il reproche aux indépendantistes leur présumée anglophobie. Il a écrit que nous avions tort de parler du fait que De Lorimier a été pendu par les Anglais ; que nous avions tort de souligner que Maurice Richard a été victime d’une injustice commise par un Anglais, Clarence Campbell. Pratte a alors parlé "du pendu et du suspendu" dont nous ferions des héros par anglophobie.
Mépriser comme il le fait des personnages de notre histoire dignes d’admiration, c’est démontrer un manque de noblesse flagrant et une mesquinerie sans bornes. Quand André Pratte fait un jeu de mots stupide en parlant "du pendu et du suspendu" à propos du Chevalier De Lorimier et de Maurice Richard, il perd toute crédibilité.
Que ce propagandiste approuve la commémoration de la défaite des plaines d’Abraham en dit long sur un homme dont Pierre Foglia, ce spécialiste de l’authenticité, a déjà vanté l’intégrité dans une conversation avec Pierre Falardeau, accessible sur le site de la radio de Radio-Canada. Ça arrive à tout le monde de se tromper.
Robert Barberis-Gervais, Marie-Victorin, 23 janvier 2009
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
Vendredi 23 Janvier 2009
Des députés du Parti québécois s’offusquent du fait que la Commission des champs de bataille nationaux a prévu souligner, cette année, le 250ème anniversaire de la bataille des Plaines d’Abraham. « On ne célèbre pas une défaite », a laissé tomber Bernard Drainville jeudi.
Pourtant, personne ne parle de célébrer. On veut commémorer, c’est-à-dire rappeler à la mémoire des gens. Faudrait-il oublier cet événement, marquant s’il en est un ? Faut-il oublier le fait que le Québec est devenu ce qu’il est devenu en partie en raison de la Conquête, pour le meilleur et pour le pire ?
On ignore ce qu’il serait advenu de la Nouvelle-France si les Français avaient gagné en 1759. Qui sait si ce n’est pas le sort de la Louisiane qui l’attendait ? Ou celui de la Guadeloupe ? Ce qu’on sait, c’est que 250 ans après la victoire du général Wolfe, le Québec est aujourd’hui une région privilégiée du monde par sa prospérité, sa démocratie, la qualité de vie.
Allez voir le site de la Commission : les événements prévus pour cette année sont très intéressants, festifs oui mais surtout pédagogiques. Ils permettront à chacun, y compris à M. Drainville, de faire valoir sa propre interprétation des événements.
On ne célèbre pas une défaite, disent les péquistes. Ah… Pourquoi célèbrent-ils la rébellion de 1837 chaque année ? L’anniversaire des référendums de 1980 et 1995 ? Les indépendantistes, comme tous les politiques, veulent tout simplement imposer leur vision de l’histoire. Mais l’histoire ne leur appartient pas, elle appartient au peuple.
S’il faut oublier 1759, alors il faudrait construire des condos sur le parc des Plaines, raser les fortifications et la Citadelle, faire sauter la Grande-Allée et l’édifice du Parlement… Bref, effacer tout ce qui dans notre héritage, nous vient des Anglais.
Jean Charest, né d’une mère d’origine irlandaise et dont l’électorat est en partie anglophone, s’est tout de suite écrasé devant la petite controverse soulevée par les péquistes : son gouvernement ne participera d’aucune façon à la commémoration. Quelle pathétique couardise venant de quelqu’un qui a déjà voulu gouverner le Canada !
Seul le député adéquiste Éric Caire a réagi avec maturité, soulignant que « c’est notre histoire, que ça plaise ou non » et que s’en offusquer aujourd’hui, c’est agir en « colonisé ».

