Le couturier André Pratte de l’institut montréalais de haute-couture GESCA désire maintenant raccommoder le tissu québécois. Tiens donc. Il a demandé conseil aux deux spécialistes du tricot, Messieurs Bouchard et Taylor, afin de s’assurer de ne pas rater une maille.
Le malheur veut que son modèle demeure incompatible !
En effet, le modèle du multiculturalisme canadien ne pourra jamais assurer les mêmes dimensions que le modèle républicain adopté par les Québécois francophones. Les maillons juridiques de l’un sont incompatibles avec ceux de l’autre. D’ailleurs, il serait lapidaire de tenter de ramailler deux modèles aussi distincts. Croyez-moi, la lapidation au Québec, nous on connaît ça !...
Seule une sanction populaire pourrait donner sa légitimité au modèle québécois. C’est exactement ce que la population du Québec a fait à ces audiences de la Commission Bouchard-Taylor. Les régions, n’en déplaise à ce Grand Montréal inquisiteur, réclament que leur identité ne se noie plus à travers le multiculturalisme canadien de l’échec. C’est comme si on ne pouvait réconcilier les divers points de vue de la science héraldique en créant un blason identitaire dont les éléments sont trop disparates pour n’en confectionner qu’un.
De ne voir que l’aiguille et ignorer le fil ne peut qu’aboutir à un discours cousu de demies vérités. Lorsque le couturier Pratte suggère que le ‘cas par cas’ devient nécessaire en matière d’accommodements, il affaiblit l’identité québécoise. Il n’a pas saisi que toutes les dénonciations faites depuis le début des audiences à la Commission de ses amis ‘philo-tricots-sophes’ proviennent non seulement de la majorité mais aussi de nombreuses minorités montréalaises affligées par l’insertion des intégrismes religieux dans leur vie quotidienne. Et on nous parlera ici de « souplesse, ouverture, sensibilité, jugement » ?
Parlons-en donc. Quel a été le discours de la maison GESCA face aux affirmations bien fondées de la municipalité de Hérouxville ? De quoi ont parlé les Québécois, tous horizons confondus ? De l’abolition des accommodements religieux, de la primauté du français qui ne se parle plus dans les rues de Montréal et qui doit être remis à l’avant-scène, de l’espace laïc à définir de manière à ce que la religion ne soit plus question d’État, de la Charte canadienne … mais oui, la Charte autorisant le port du kirpan, le turban, et demain peut-être … en fait, tout et même plus ! Et tout va bien dans les établissements de santé ? Les CPE ? Les écoles ? Les services publics ? … Serait-ce de la naïveté ou plutôt une incompréhension chronique du modèle québécois ?
Le seul constat que je puisse faire, c’est que les Québécois sont beaucoup plus tissés serrés que vous le ne croyez. Qui plus est, ils n’ont aucune leçon à recevoir sur ce qui motive leur action en voulant préserver leur identité. Qu’ils désirent demain proclamer leur indépendance n’aura été la conséquence que de l’absence de longueurs de vue de la part de ceux ou celles qui tricotent une maille à l’envers au quotidien. Prenons-en note.
Bernard Thompson
Hérouxville
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