Amis souverainistes, que faire ? Que faire devant l’hésitation du Parti québécois à mettre son option à l’avant-plan allant parfois jusqu’à donner l’impression qu’il cherche à la cacher ? Comment réagir devant sa tiédeur à adopter un cadre stratégique logique pour atteindre son objectif, préférant gaspiller le talent de ses militants dans la défense de sa gestion provinciale ? Que penser d’un parti souverainiste qui s’interdit à lui-même de poser des gestes de souveraineté, qui rejette toute action significative sans approbation référendaire ?
La souveraineté nécessite un référendum, me diront certains. Pourtant, le PQ n’attend ni conditions gagnantes, ni consultation populaire pour mettre en œuvre son programme « social-démocrate ». Pourquoi ne pas simplement reconnaître que le PQ n’est plus souverainiste mais référendiste… et social-démocrate ?
Que faire ? Pierre Bourgault se posait sûrement la même question en 1968 au moment où le Ralliement National et le Mouvement Souveraineté-Association se joignent pour former le PQ. Bourgault alors président du Rassemblement pour l’Indépendance Nationale veut évidemment l’unité des forces souverainistes mais René Lévesque, lui, rejette toute alliance formelle avec le RIN. Bourgault convoque les membres de l’exécutif national avec pour seul point inscrit à l’ordre du jour : que fait-on maintenant ?
« [...] Je suggère donc que l’exécutif [national] propose aux membres de dissoudre le RIN. Après quoi, nous entrerons au Parti québécois un à un. Nous croyons à l’unité des forces indépendantistes. Or nous avons vu qu’elle était impossible par la voie de négociations. Alors, il faut la faire de force. »
L’exécutif adhère unanimement à l’analyse de Bourgault et lors du congrès annuel, ce dernier demande à ses membres de rallier le nouveau parti politique plus modéré et d’y faire triompher leurs idées, ce qu’ils acceptent, réalisant ainsi l’unité des souverainistes pour les décennies à venir… jusqu’à aujourd’hui.
Bourgault, qui ne voulait pas de référendum, dira plus tard que le sabordage de son parti avait été la plus grave erreur politique de sa vie. Toutefois, le sabordage du RIN, ce geste historique et fondateur, n’a-t-il pas réussi à rendre indispensable au PQ sa base, ses militants les plus radicaux, les méchants purzédurs (que j’associe aux rinistes), ceux qui, tout comme lui, souhaitent une élection sur la souveraineté au lieu d’un référendum sur une question ambiguë ? En passant, je parle de militants au sens le plus large possible, au sein ou en dehors du parti, chacun dans son milieu.
Ils sont indispensables au PQ, alors pourquoi ce dernier ne reflète-t-il pas leurs aspirations par un discours clair et une démarche axée sur l’indépendance ? Peut-être qu’une partie de la réponse se trouve dans leur appui inconditionnel pour ce parti, étant donné son monopole sur la question.
En effet, les puristes ne peuvent fonder leur propre parti sans diviser les votes. Mais l’unité des troupes n’existe déjà plus. Les résultats du 26 mars le démontrent bien, après l’éclatement de la coalition souverainiste, on assiste maintenant à l’effondrement politique du mouvement visant à donner aux Québécois un État bien à eux.
De plus, un nouveau joueur saute sur la glace. L’Union des Forces Progressistes et Option citoyenne se sont jointes en un nouveau parti politique souverainiste, Québec solidaire. Cette jeune formation engendre une grande inquiétude pour la fracture qu’elle provoque en nos rangs, mais elle vient en même temps briser ce monopole qui alimente la dynamique à l’intérieur du PQ. Deux partis souverainistes plutôt mollassons se partagent dorénavant la scène et ils ne s’uniront pas de sitôt. Voilà donc une opportunité considérable pour les mécontents de réaligner la politique nationaliste grâce à leur pouvoir de négociation. Et franchement, si la gauche l’accomplit avec tant d’habileté et sans gêne, pourquoi les indépendantistes les plus déterminés s’en priveraient ?
Les insatisfaits peuvent se contenter de choisir le parti qui convient le plus à leurs revendications. Ou encore, ils se réunissent pour discuter entre-eux du plan d’action qu’ils souhaitent voir adopter et ensuite marchandent leur adhésion à un des partis. Lequel présente les candidats les plus dévoués à l’indépendance et le programme le plus cohérent ? Lequel adopte le ton le plus ferme quand à la question nationale ? Quels sont les points litigieux à changer avec les partis ?
Le MES (mouvement pour une élection sur la souveraineté), cette association qui souhaite voir le PQ abandonner l’approche Morin, pourrait (mais pas nécessairement) servir de point de départ à un genre de « syndicat » dont l’objectif central consisterait à capitaliser sur l’héritage de Bourgault et des membres du défunt RIN. Grâce à eux, aujourd’hui, leurs successeurs peuvent causer un sérieux dilemme à la direction du PQ qui, dans la conjoncture actuelle, ne peut se passer d’aucun allié. Un sérieux dilemme à la direction de QS aussi qui peut aller chercher chez ces militants l’appui qui lui manque pour effectuer une percée remarquée.
L’opportunité se présente maintenant de jouer les partis l’un contre l’autre pour faire monter les enchères et s’approprier l’agenda politique, nous devons la saisir. Les rinistes comme clientèle acquise au PQ n’intéressent pas les autres partis, mais comme groupe ouvert à un changement… Qui sait ? Les discours pourraient soudainement devenir plus nationalistes.
Aucune option ne doit être mise de côté, même former un nouveau parti politique. Une nouvelle façon de diviser ? Pas nécessairement. Pensez à Françoise David. Elle a formée Option citoyenne dans le seul but d’obtenir une fusion avec l’UFP. Nous pourrions l’imiter et ouvrir des négociations avec le PQ, ce qu’il a refusé au RIN en 1968, ou encore négocier avec QS, tout comme David l’a accompli avec l’UFP.
Pour terminer, c’est en parfaite continuité avec les efforts de Bourgault que nous pouvons maintenant exercer la pression nécessaire sur le système pour le pousser à son point d’éclatement. Démontrons que la dissolution du RIN aura servi la cause de l’indépendance nationale en donnant un poids politique à ses héritiers, le pouvoir de négocier qui manquait aux rinistes de 1968.
Mathieu Taillefer, Les Cèdres
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