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Ambition et loyauté
Daniel Sénéchal
Tribune libre de Vigile
mardi 21 août 2007      353 visites


Dans l’organe gescaïenne montréalaise du dimanche passé sont parus deux pseudo reportages traitant des recrues néophytes du parti néocon de Stephen Harper, soit Maxime Bernier et Josée Verner. Ces deux articles, titrés respectivement « LE BEAUCERON LOYAL » et « L’INCONNUE AMBITIEUSE » ont été rédigés par deux petits nouveaux scribouilleurs de la grosse presse épaisse, des néophytes du publi-reportage nommés, respectivement, Hugo Fontaine et Marie-Ève Blain-Juste.

Ces deux simili reportages ont été imprimés sur 2 pages complètes, soit les pages de la section Plus, pages 2 et 3. Au haut de chacun de ces textes, on y voit une énorme photo de chacune de ces deux nouvelles recrues, qui occupent près de 60% de chacune des pages. Une de ces photos met en scène Mme Verner lors de sa visite à Kandahar, flanquée d’une militaire non identifiée. L’autre photo met en scène M. Bernier et M. Harper devant quelques badauds.

Pour chaque texte, la dernière colonne expose un encadré repérant les cinq dates sensées être importantes dans la vie de ces nouvelles recrues ministérielles.

Pour l’encadré en cinq dates de M. Bernier, tout événement significatif semble s’être produit entre le 26 janvier 2006 et le 14 août 2007. Le journaliste évoque son élection de 2006 dans la circonscription de Beauce ; sa nomination comme ministre de l’industrie ; son implication pour la démantèlement de la téléphonie locale et sa nomination récente en tant que ministre des affaires étrangères. Il est né le 18 janvier 1963 dans la région de la Beauce.

Pour ce qui en est de l’encadré en cinq dates de Mme Verner, les points marquants de sa vie politique semblent s’être déroulés entre le 28 juin 2004 et le 14 août 2007. En 2004, elle talonne le Bloquiste Bernard Cleary qui l’emporte avec une faible majorité ; le 23 janvier 2006, elle est élue dans la circonscription de Louis Saint-Laurent ; le 14 août 2007, elle est nommée ministre du patrimoine canadian, de la condition féminine et des langues officielles. Elle est née le 30 décembre 1959 dans la région de Gatineau et dans le texte qui précède, on apprend que ses parents sont venus s’établir à Sainte-Foy en 1974. Il y a une autre date de mentionnée dans cet encadré qui a retiré particulièrement mon attention.

Le 13 avril 1974 elle rencontre Marc Lacroix par l’entremise d’une amie et ils se marient quatre ans plus tard. À la 3e colonne du texte de Mme Blain-Juste, elle précise que Mme Verner a rencontré M. Lacroix à l’âge de 14 ans et qu’il est toujours son mari, sans insister plus sur la présentation de ce personnage pourtant important dans la vie de Mme Verner.

Je vais tenter de combler - un tant soit peu - les lacunes de ce vide « gescaïen » par rapport à M. Marc Lacroix.

Au préalable, je tiens à faire noter que ni Mme Blain-Juste, ni M. Fontaine ne purent obtenir une entrevue avec les sujets de leurs reportages respectifs.

Dans les années 1980 et 1990, Marc Lacroix est militant pour le « Mouvement pour l’enseignement privé » et adjoint exécutif auprès de l’organisateur en chef de la campagne électorale du PLQ. Il a été directeur de cabinet pour des ministères de la deuxième ère de Bourassa, soit le cabinet du ministre de la condition féminine ainsi que celui des communautés culturelles et de l’immigration. De 1993 à 2003, il est vice-président des services à la clientèle de la régie des rentes du Québec. Depuis 2003, il a été au secrétariat du conseil du trésor, étant secrétaire adjoint au bureau pour le développement électronique. M. Lacroix a aussi des liens avec un dénommé Gilles Poupart – qui fut un employeur de Mme Verner qui était alors secrétaire – celui-ci est le frère de Ronald Poupart, éminence grise à l’organisation du PLQ depuis le début des années 1970.

Comme beaucoup d’auteurs de textes gescaïens qui utilisent la même technique, Mme Blain-Juste ouvre le sien avec un faux-fuyant futile. Dès le premier paragraphe, elle fait allusion à des propos du bloquiste Christian Ouellet, rapportés par « La Voie de l’Est », la décrivant comme « une belle potiche qui ne fait pas grand-chose ». M. Ouellet aurait nié par la suite d’avoir tenu de tels propos, selon Mme Blain-Juste qui ajoute qu’une supposée polémique aurait été, dès lors, lancée.

Dans le paragraphe suivant, Mme Blain-Juste tente de nous faire découvrir
- sans succès par ailleurs - cette supposée polémique en se penchant sur la signification du mot potiche pour se demander si Mme Verner aurait été tout simplement victime de commentaires machos et envieux, sans préciser lesquels et qui les aurait dit. Belle queue de poisson sans suite. Elle conclut ce deuxième paragraphe en soulignant que Mme Verner s’est refusée aux nombreuses demandes d’entrevues de La Presse.

J’ai retiré quelques informations intéressantes du texte sur Mme Verner. Mme Blain-Juste trace un portrait qui démontre la similarité du cheminement de Josée Verner avec celui de Mario Dumont. À l’époque, ils étaient tous deux des militants du PLQ qui furent déçus de l’échec de Meech. Deux jeunes néocons comme eux, si près du « vrai monde », n’avaient plus leur place au PLQ et ils pensent tous deux, aujourd’hui, que la manigance de fédéralisme d’ouverture de Stephen Harper est quelque chose de significatif. Mme Verner partage également des atomes crochues avec Lawrence Cannon, un autre néocon du PLQ qui est passé du côté fédéral.

Maintenant, pour revenir au texte de Hugo Fontaine et son sujet, Maxime Bernier, M. Fontaine ouvre son texte sur le fait que malgré son anglais moyen, M. Bernier suscite tout de même de l’intérêt des médias canadians. Il est considéré comme le chouchou de Stephen Harper et il ne fait pas nécessairement l’unanimité dans son propre parti, ni dans le cabinet de Stephen Harper.

Pour tenter de nous rendre cette quantité insignifiante qu’est M. Bernier plus attanchante, M. Fontaine nous explique plus loin que c’est l’économie qui fait vibrer le très chic M. Bernier, qui avoue être un dogmatique libertaire. Ayant terminé ses études à l’université anglicisante d’Ottawa, il a par la suite eu un travail au cabinet de Bernard Landry, du temps qu’il était aux finances. Il a été gestionnaire de la société immobilière de Montréal et il a été président de la très torontoise Standard Life de 2003 à 2005.

Ce qui m’embête vraiment de ces deux reportages, c’est qu’on nous présente deux canadians de service en tentant de les dépeindre comme étant des personnes ordinaires, soucieuses des préoccupations et des aspirations du peuple Québécois.

Je suis tout de même un peu réjoui qu’un illuminé comme M. Bernier soit maintenant ministre des Affaires étrangères du Canada. Un gars qui n’a aucun capital culturel international comme M. Bernier, un individu qui maintient des idées loufoques comme celle à savoir que les politiques environnementalistes de gauche sont responsables de la flambée des prix de pétrole, ce ministre risque donc d’être encore plus divertissant que Gordon O’Connor le fut. Ça va dépendre de comment Harper va contrôler sa marionnette.

Aussi, il faut rappeler que le PC a seulement remporté 10 sièges au Québec en 2006. Ce parti espère en remporter davantage aux prochaines élections et ces nouvelles recrues sont perçues comme une bouée de sauvetage potentielle pour le PC qui traîne dans les sondages. Ils veulent nous faire avaler, en tant que québécois, le néoconservatisme à la sauce Bush pour aider Harper à remporter les prochaines élections.

Je suis certain que beaucoup de québécois ne sont pas intéressés de voir le PC mettre le Québec aux enchères aux plus offrants de Washington. C’est pourtant ce que des groupes d’électeurs québécois de diverses régions vont faire en élisant, éventuellement, des aculturés comme ça en plus grand nombre.

Fier de de faire partie du caucus albertain, qui est l’aile libertarienne ultra-conservatrice du PC, M. Bernier sera d’autant plus zélé dans sa loyauté envers son chef Stephen Harper.

Alors Maxime Bernier serait un beauceron loyal ?

Je suis tout de même d’accord à savoir que Mme Verner est une inconnue ambitieuse. Cependant, le texte de Mme Blain-Juste nous est de peu de secours pour en savoir plus.

Daniel Sénéchal

Montréal

N.B. Texte envoyé à La Presse et Le Devoir

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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