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Financement 2008
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Allumez les lampions !
Daniel Paillé
La Presse
samedi 26 août 2006


En ces temps très difficiles pour l’industrie forestière, voilà que Domtar s’américanise afin de sauver sa mise. Faut-il y voir une faillite du modèle québécois des beaux jours ou un brillant coup d’intégration mondiale ?

Saluons en premier lieu l’ingéniosité de la transaction. La direction de Domtar, reconnue pour son excellence, a su développer un modèle qui ne devrait pas mettre en péril la survie de la société. Car, on le sait, plus que doubler ses capacités peut être périlleux, le Groupe Jean Coutu vient de le démontrer.

Cependant, la structure même de cette transaction empêche les actionnaires de Domtar de " passer à la caisse " puisqu’il n’y a pas de prime de contrôle. En effet, les actionnaires de Weyerhaeuser deviennent les actionnaires majoritaires de Domtar tout en recevant indirectement une somme de 1,35 milliard de dollars américains. Bref, Domtar s’endette pour être acquise. Il faut espérer que ça marche comme prévu afin que nos actions de Domtar prennent une certaine valeur. C’est le temps d’allumer des lampions...

La Caisse de dépôt, longtemps actionnaire principal, passera de 15 % à environ 7 % de la nouvelle Domtar. La dilution est forte et le contrôle, si tant est qu’il en faut un, ne s’exercera plus par cette institution. Faut-il monter aux barricades ou au contraire passer le relais sans crainte ?

Principe de base

D’abord un principe de base ; le contrôle d’une richesse naturelle ne passe pas par la propriété des entreprises forestières. Le Québec a dépassé ce stade de nationalisme et c’est tant mieux. Donc, cette transaction ne devrait pas influencer ni la suite des choses ni le rôle de l’État en ce domaine. Le gouvernement du Québec n’a en fait rien à voir avec cette transaction.

Par contre, il faut s’intéresser au futur de l’entreprise, ce qui est du ressort de son conseil d’administration. On n’a qu’à se rappeler le rôle du CA de l’actuelle Domtar dans la saga de l’établissement de son usine de papier fin. Le choix final de localisation à Windsor, en Estrie, fut et demeure un événement. Le changement de contrôle envisagé ne fermera pas cette usine, mais on peut se demander comment sera choisie le site de la prochaine.

C’est ici qu’entre en jeu le caractère stratégique de la décision de garder le siège social à Montréal. C’est beau et généreux, mais pour combien de temps ? Il ne faut surtout pas que cela soit associé à la carrière de Monsieur Raymond Royer, son actuel président et chef de la direction. Grand gestionnaire d’entreprises, il a annoncé sa retraite à la fin de 2008. Qu’arrivera-t-il au siège social montréalais de Domtar après son départ ?

L’importance du siège social

On ne saurait trop insister sur l’importance de maintenir un véritable siège social à Montréal, une importance qui dépasse largement le symbole. Car, c’est là que les décisions se prennent, mais surtout c’est là que des femmes et des hommes, généralement bien rémunérés, y font carrière et rayonnent. Ce rayonnement s’exprime par de nombreuses décisions d’octrois de contrats et de mandats. Combien de sociétés montréalaises font affaire avec Domtar uniquement parce que le siège social s’y trouve ? Sans doute plusieurs. Voilà pourquoi, il faut obtenir l’assurance que cela continuera.

Or, l’établissement du site du siège social est une décision qui relève du conseil d’administration. La nouvelle Domtar sera dirigée par un CA de sept membres nommés par Weyerhaeuser et six provenant de l’actuelle Domtar. Monsieur Brian Levitt, l’actuel président du conseil et lui aussi grand défenseur de Montréal, devra céder sa place à un consultant de Weyerhaeuser. Quel en sera l’impact sur Domtar qui, ne l’oublions pas, deviendra une entreprise à propriété majoritairement américaine ?

Pas le choix ?

La direction de Domtar avait-elle le choix ? La très grande concentration de ses activités dans la niche des papiers fins l’incitait à prendre les devants. En devenant le numéro un en Amérique du Nord grâce à son savoir-faire, reconnu par Weyerhauser, la direction a quand même du pain sur la planche. Elle a su grandir sans ajout de capacité. Il faut parfois poser ce genre de geste pour être parmi les grands. Est-ce le prix à payer pour l’intégration mondiale ? Face à une conjoncture toute autre, Jean Coutu a, de son siège social métropolitain, décidé avec brio de corriger le tir en conservant les activités québécoises et canadiennes de son Groupe, tout en devenant l’actionnaire principal de Rite-Aid. Cette importante décision a été prise ici et en fonction des intérêts des actionnaires.

C’est dans cet esprit qu’on doit souligner toute l’importance de préserver à long terme le pouvoir de décider. Dans le dossier Domtar, il faudra attendre encore un peu pour reconnaître le génie de cette transaction ou s’en désoler.

Daniel Paillé
L’auteur est professeur de finance à HEC Montréal. Il a été ministre de l’Industrie et du Commerce du Québec de 1994 à 1996. Il occupa aussi les fonctions de chef de la direction financière de plusieurs entreprises. Il est appelé à conseiller de nombreux dirigeants de sociétés.


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