@ M. Georges-Étienne CARTIER,
Je comprends votre « attachement » à ne pas adhérer au « pacifisme ». Le mien supposé n’étant que la réciproque du vôtre. Votre « attachement » symétrique et au contraire mien, celui que vous me prêtez, serait miroir de vos relents anti-judéo-chrétiénisme, anti-cléricalisme, anti-religion. Et... je comprends. Je comprends votre « attachement » à ne pas adhérer au « passifisme » qui vous fait tancer le « pacifisme ». Je comprends même votre « attachement » à la mystique de « guerre » au sens malpropre de son extension. J’y ai aussi longtemps été « attaché », parce que j’étais attaché à une mystique propre de la guerre. Ce qui n’est plus le cas, dans mon cas du moins.
Je comprends maintenant mieux que vous parlez de « guerre POLITIQUE », ce qui me semble démontrer qu’il n’est pas question de « guerre » ( ci-après employé au sens propre et non figuré par extension ). Ce qui me semble-t-il être exactement le PACIFISME, tel que je l’entends. Nous sommes d’accord à peu de chose près. La différence entre nous serait une question « d’attachement », comme vous dites, et son contraire, le détachement ( et oui, la spiritualité bouddhiste y est pour quelque chose, bien que je sois athée et non-religieux, le détachement étant l’une des composantes de certaines démarche spirituelles ).
Mon adhésion à un pacifisme actif, auquel je tiendrais d’une manière « pathétique », manifeste une volonté délibérée de détachement, d’éloignement, de la métaphysique « guerrière » au sens propre. Cela en décourageant l’emploie de son sens figuré. Je précise ici pourquoi.
Le pacifisme n’est pas comme vous le supposez, obligatoirement prétexte à inaction, paresse, mollesse, désengagement. Votre « attachement » à le supposer me laisse songeur. Votre obstination à ne pas considérer tout ce que je vous ai dit, à ne pas prendre acte du fait que :
si le pacifisme est bien ce que j’en dis ;
si ce « pacifisme » n’est pas « qu’attachement » à son contraire supposé par vous ;
si ce « pacifisme » est plutôt détachement délibéré ;
si ce pacifisme qui inspire et structure « tous le reste », ( et qui suscite votre « admiration pour ( ma ) passion ... « guerrière » » )
me laisse songeur. Ne devriez-vous pas songer à reconsidérer votre dénonciation du « pacifisme » ? Je vous propose que vous vous attaquiez plutôt au désengagement, à la démission, à la mollesse en tant que tel, pas au pacifisme qui est tout le contraire. Nous pourrions convenir même de le qualifier pour qu’il se qualifie à vos yeux. Je ne sais pas... parlons de « pacifisme actif », par opposition à un « pacifisme passif » ( passifisme ).
J’insiste pour différentes raisons
Il me semble que la tentation guerrière ( au sens propre ) est toujours présente. Pour le moment en latence, on ne sait jamais quand elle pourra surgir à nouveau. Surtout dans le contexte où une action de mobilisation devait faire à nouveau bouger les choses. Le fait d’utiliser la métaphore guerrière me semble alimenter cet « attachement » à la guerre ( au sens propre ). Ce qui me semble permettre qu’elle devienne à tout moment le recours naturel qui ne demande qu’à surgir à tout moment. Ce qui me semble un empêchement à une réelle mobilisation. En effet, si une population n’a pas d’emblée écarté la guerre, on craindra que la guerre, que la violence surgisse à tout moment et le seul recours pour que cela ne survienne pas sera d’écarter tout ce qui serait propice à l’avènement de la violence et de la guerre, par exemple, les rassemblements, pour ne pas que les esprits s’échauffent. On craindra même la passion, les discours passionnés, inspirants, mobilisateurs.
Cette discussion m’a fait trouver là une explication du changement qui s’est opéré avant et après la Crise d’octobre. René Lévesque s’est empêcher de soulever le peuple, de peur qu’il se soulève dans la violence. Ce qui a neutralisé le peuple. Nous en serions toujours victime. Le pacifisme en serait le seul antidote. Puisqu’affiché, intimement compris dans son sens le plus actif, mais non-guerrier, non-violent, il permet tous les autres sources de soulèvements, toutes les autres moyens de lutte, d’enthousiastes mobilisations, sans craindre l’ultime dépassement de limite qui nous sépare de la guerre, puisque cette limite ne peut être franchie réellement, puisque même sa romantique et symbolique évocation n’a plus de prise dans notre imaginaire de lutte. Du reste, une évocation romantique qui n’est active que dans la non-guerre, que dans l’image de la guerre, qu’avant la guerre. Dès lors qu’on la vit, tout romantisme s’absout dans l’horreur de la chair morte et du sang versé. Ce pourquoi il me semble si important de ne pas contribuer à ce romantisme délétère qui est la condition première qui nous pousse à entre en guerre. On y entre parce qu’on a oublié de considérer la réalité. On y entre parce qu’on ne sais pas, ne sait plus, qu’aucune idée ne peut justifier d’y être plongé, parce que toute guerre n’est que malpropre, en dépit qu’on veuille, en idée, la faire propre.
Pour remédier à cet empêchement qui limite le déploiement de la manifeste capacité de lutter, de se mobiliser, ce que vous semblez déplorer, il me semble que la défense et l’illustration de la voie du pacifisme actif, activiste, et de la non-violence, est le plus sûr moyen non seulement d’écarter la guerre, la violence. Ce qui nous libère de la peur de la voir surgir, nous libère de la tension que telle peur engendre, libérant l’énergie, la passion, l’enthousiasme du fait de devoir se tempérer, sous prétexte que son expression pourrait encourager sa transposition guerrière et violente.
Il s’agit de substituer à l’esthétique guerrière, une esthétique de la lutte pacifiste, tout aussi active et stimulante. Si j’accepte que vous trouviez dans l’expression de ma passion une composante combative, voire guerrière, c’est qu’il est clair, on ne peut plus clair, compte-tenu de ma philosophie « pacifiste », qu’il n’est question de guerre que figuré, et non propre, qu’il est question de guerre que par extension langagière et métaphorique, parce que le sens propre de la guerre est tout ce qu’il y a de plus malpropre.
Le pacifisme résume et exprime ce refus de voir dans la guerre le seul, l’ultime, romantique recours. Un pacifisme étymologiquement bien compris, permet d’en faire un principe actif, une histoire de lutte, de quête, de parcours en mouvement, d’idéal à atteindre non sans mal et qui exige discipline, conviction, rigueur, passion, voire emportement, tout le contraire de la soumission, du défaitisme, de la démission. Promouvoir ce pacifisme là, devient tout autre chose. Il permet deux choses, écarter la guerre, et susciter la mobilisation, l’enthousiasme, toutes choses que vous appelez de vos voeux et qui se trouvent dans ce que vous lisez de moi.
La religion et mon supposé attachement à ses « valeurs »
Vous supposez dans votre étonnement de mon « attachement », qu’il serait le fait d’une déprogrammation incomplète de l’endoctrinement auquel j’aurais comme nous tous été exposé. Je ne partage pas votre dénigrement des valeurs spirituelles. Si je refuse les principes religieux, cela ne doit pas pour autant selon moi s’accompagner du dénigrement de ce que sous-tendent et formalisent les religions.
Les religions, les spiritualités humaines, ont interprétées de manière simple et codifiées une capacité singulière et cellulaire du vivant. Je ne voudrais pas ici développer outre mesure ce que j’en pense, mais il me semble que la question que vous soulevez mérite quelques éclaircissements.
La Connaissance de ce que nous sommes, de ce qui nous environne est exceptionnellement réduite. Même si l’humain fait des pas de géant, l’étendue de ce que l’on ne parvient pas à comprendre est beaucoup plus grande que ce que l’on est parvenu à comprendre. L’étendue de la non-Connaissance est plus grande que toutes nos Connaissances. C’est ce que doit comprendre toute personne qui en connaît beaucoup. Ignorer des choses est une chose, ignorer le fait qu’on ne connaisse pas tout en est une autre, c’est la question de la double ignorance. Concepts que décrit très bien Thomas De Koninck dans son livre « La nouvelle ignorance et le problème de la culture » PUF, 2001.
« Il existe en réalité deux formes d’ignorance qu’on pourrait qualifier de « nouvelles », mais qui sont diamétralement opposées. La première ouvre et libère, la seconde emprisonne et tue. La première, qu’il faut célébrer, se traduit par de nouvelles interrogations suscitées par de nouvelles découvertes. Elle est le moteur de toutes les avancées du savoir. La seconde fait au contraire vivre dans l’illusion qu’on sait alors qu’on ne sait pas et s’apparente à ce que Platon appelait « la double ignorance » »
Les religions ont, entre autres choses, permis d’expliquer un certains nombre de choses inexplicables. Je suis d’accord, je suis athée, elles ont aussi produit une culture dont il faut se détacher pour une foule de raisons. Mais un certain nombre de choses me semblent devoir être conservées. Dont, le fait que l’intelligence humaine est dépassée par certaines facultés de la matière, dont, certaine faculté de la matière cellulaire de notre cerveau, de notre esprit, phénomènes qu’ont voulu comprendre, expliquer, les religions.
L’intelligence est toujours inexpliquée, on ne sait pas bien comment elle fonctionne, malgré toutes les Connaissances acquises. Du coup on ne parvient pas à produire des machines qui pourraient en reproduire la pratique. Et, ce n’est pas qu’une question de technique. Bref, certains penseurs modernes du bouddhisme, ou de la mouvance bouddhique, ( Le bouddhisme n’est pas une religion ), explique de manière intéressante, l’inexplicable. Les cellules, certains cristaux, dont elles sont composées, ( ces cristaux qui dans nos ordinateurs emmagasine de l’information ) auraient des capacités qui nous feraient avoir accès à ce qui nous semble être hors de soi, plus grand que soi, d’où cette expérience que les croyants appellent « Dieu ». Donc, si « Dieu » n’est pas un Dieu, mais bien une partie de soi, plus grande que le soi que l’on connaît d’emblée, reste que l’ensemble de ce qui se passe dans cet espace mal connu de nos cellules qui nous font être « intelligent », capable de penser, de gérer de l’information, d’en être conscient, pose un certains nombre de question, engendre un certain nombre de phénomènes, qui pour « religieux » qu’ils puissent être dans un certain ordre, seraient tout autres que religieux dans un autre ordre, mais qui ne les feraient pas pour autant être rien du tout, ou inexistants.
Ainsi, ce que vous croyez déceler comme étant religieux dans mes analyses, l’est et ne l’est pas. Je vous donne donc raison, pourvu qu’il ne soit pas question du religieux en tant que doctrine, dont je ne me serais pas détaché. Je suis totalement détaché de la doctrine du religieux, je n’explique pas l’inexplicable par un Dieu, par l’existence d’une entité supérieure. d’une entité tout court. Ce que je n’explique pas, ce que je ne parviens pas à expliquer ou comprendre, me semble résider seulement dans quelque capacité inexpliquée de la matière. Dont celle de l’expérience spirituelle. De l’esprit. Dans l’énergie interstitielle qui gravite, navigue, autour de la matière cellulaire ou atomique et qui nous semble être autre chose que de l’énergie ou de la matière, donc, divin, autre que humain, autre que matière vivante animale, humaine. Ce qui n’a rien à voir donc avec la religion. Mais qui a malgré tout à voir avec ce que tente d’expliquer les religions. Nuance !
Le pacifisme
Pour terminer, je dirais que tout me semble concourir à ce que vous adhériez à mes dires. Cela, pour peu que vous considériez que « tout ce reste », à quoi vous dites, non sans ironie, « AMEN », ne peut être, ne peut exister, ne peut emporter votre adhésion, que parce que le présupposé, « pacifisme » le structure, le convoque, le transporte, le justifie, autant en tant que cause, qu’en tant qu’effet. Je comprends cependant qu’il vous faudrait revenir sur vos dires et vos conceptions erronées de ce qu’évoquait pour vous le pacifisme. Je comprends que le fait d’avouer s’être trompé ne soit pas tout ce qu’il y a de plus agréable. Il faut pour cela convenir du fait qu’on en apprend tout les jours et à tout âge. Il faut pour cela comprendre que la Connaissance véritable ait comme première connaissance, l’étendue de son ignorance. J’ignorais toutes ces choses moi aussi. Un jour, j’ai connu une personne, des personnes, dont la recherche et les trouvailles ont attiré ma curiosité, j’y ai trouvé matière à recherche et trouvailles, je vous les livre ici, pour ce qu’elles sont. J’ai dû absorber le choc de devoir reconnaître que je ne connaissais pas tout. Je comprends donc bien comment il faut transformer l’idée d’un soi qui ne fait pas d’erreur, d’un soi omniscient, à un soi, qui prend la mesure de son ignorance. Manifestement, vous ignoriez qu’on puisse être pacifiste actif, passionné, voire « guerrier » comme vous dites. Vous pensiez que le pacifisme ne pouvait qu’être le fait de lavette, de démissionnaires. Ce qui n’est pas obligatoirement le cas. J’en suis la preuve, et vous abondez. Il n’y a aucune honte à en convenir. Vous aviez raison de dénoncer le « passifisme ». Or le pacifisme peut être bien autre chose que ça. Du moins tel que je l’entend et que me semble l’entendre VLB. Mais je peux me tromper.
Il me semble que si je n’erre pas, tout cela produit un effet. Passé l’étonnement, les malentendus sémantiques, au delà de ce qui vous dépasse, au delà du « pathétique », au delà de « l’au delà » religieux, je pense que vous en retirez matière à réflexion. Comme j’aime la matière, la réflexion, je ne me prive pas des les visiter, ici comme ailleurs, pensant contribuer à notre commun avancement. Pour sûr, votre apport m’aura permis de penser, de mieux circonscrire ce qui m’était auparavant inconnu, parce que non-énoncé, voire non-pensé. Cette discussion sur le « pacifisme » me semble nous avoir tous deux permis de cheminer, d’avancer, de préciser ce que chacun nous pensons, ce qui n’était pas le cas. C’est ce qui compte et merci.
Luc A.
PS
Le pacifisme n’est pas « passifisme » Nuance !
Bien sûr, VLB n’est pas « passifiste ».
VLB est bien, « pacifiste », et c’est tant mieux.
J’y ai mis le temps, mais je pense que la formule résume bien la question.