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Alcan... et après ?
André Pratte
Éditorial - La Presse
dimanche 13 mai 2007


Voici le premier de deux articles sur les acquisitions récentes par des capitaux étrangers d’importantes entreprises canadiennes.

Venant d’un homme d’affaires dont l’entreprise, la Financière Manuvie, a elle-même fait de nombreuses acquisitions hors du Canada, la sortie de Dominic D’Allessandro devant ses actionnaires, la semaine dernière, a eu l’effet d’une bombe.

« Je crains parfois qu’un jour notre pays ne soit plus maître de son activité économique », a lancé M. D’Allessandro, faisant allusion aux transactions qui, au cours des derniers mois, ont fait passer d’importantes entreprises canadiennes aux mains d’étrangers.

Quatre jours après l’allocution du président de la Manuvie, l’Américaine Alcoa proposait d’acquérir sa rivale canadienne Alcan. L’inquiétude a monté d’un cran dans les milieux d’affaires, particulièrement sur Bay Street. On craint que la folie des acquisitions qui balaie le monde n’emporte de grands pans de l’économie canadienne.

Les risques sont de deux ordres. Premièrement, on juge inquiétant que les ressources naturelles d’ici soient de plus en plus exploitées par des entreprises d’autres pays. Deuxièmement, on s’inquiète de la perte d’importants sièges sociaux. Le départ de sièges sociaux a immanquablement des effets néfastes pour le secteur des services qu’ils alimentent, de même que pour la philanthropie locale où ils jouent un rôle crucial.

Le cas d’Alcan est particulier. Lorsqu’il a négocié une nouvelle entente avec la société l’automne dernier, le gouvernement Charest a eu la clairvoyance de faire ajouter une « convention de continuité » qui impose à tout acquéreur éventuel de respecter les engagements pris par Alcan. Notamment, si la transaction se concrétisait, Alcoa devrait maintenir au Québec « des sièges sociaux opérationnels, financiers et stratégiques importants pour Alcan et ses actifs à des niveaux essentiellement similaires à ceux d’Alcan à ce moment ». L’acquéreur devrait aussi conserver les niveaux d’emplois au Québec « en conformité avec les engagements et plans d’Alcan alors en vigueur ». À défaut de quoi le gouvernement québécois pourrait annuler tous les avantages consentis à Alcan, notamment un bail permettant l’exploitation de barrages sur la Péribonka, l’énergie d’Hydro-Québec à bon marché et un prêt sans intérêt de 400 millions.

Dans sa proposition, Alcoa s’engage à installer à Montréal le siège social de la division des produits primaires de la nouvelle entreprise. Malgré cette promesse, plusieurs craignent que le « siège social » de Montréal ne soit qu’une façade, les vrais patrons se trouvant désormais à New York. Le quotidien français Le Figaro rappelait la semaine dernière qu’au moment d’acquérir Pechiney, Alcan avait pris des engagements similaires auprès de l’entreprise française : « Avec les années, Pechiney s’est dilué auprès d’Alcan et il ne demeure qu’un seul vrai siège opérationnel, au Canada. »

Montréal, qui continue de perdre une dizaine de sièges sociaux chaque année, ne peut pas se permettre d’échapper l’un de ses plus importants. Le gouvernement du Québec, qui s’en est donné les moyens par la « convention de continuité », devra se montrer exigeant.

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