Sans vouloir offenser Jean Berthiaume de Contrecoeur (« Le monde a bien changé M. Larose », Le Devoir du 11 janvier 2008), j’aimerais lui rappeler que le fédéralisme canadien, qu’il qualifiait sans le nommer de « pragmatique » et qu’il comparait hier dans ces pages au « TGV de la modernité » est aussi en fait, ne lui en déplaise, une idéologie. Au Canada, elle détient en pratique le pouvoir depuis 140 ans, ce qui lui confère une aura de respectabilité.
Le fédéralisme n’est cependant pas consubstantiel à la condition québécoise ; nous n’y sommes pas soumis définitivement ; il est tout sauf immuable. Si la souveraineté est si rétrograde, peut-il me dire pourquoi, en 50 ans, le monde est passé de cent à plus de deux cents pays indépendants ? Des confettis comme le Belize, l’Érythrée et la Lettonie sont depuis peu indépendants ; même la macédoine des Balkans redevient multicolore...
N’est-ce pas précisément une « idéologie » que de croire que le statut de pays est bon pour tout le monde, y compris le Canada, mais foncièrement mauvais pour le Québec ? Bon sang ! Qu’avons-nous donc fait au bon dieu pour mériter de croupir éternellement dans une condition de subordination ? Et quel calvaire que d’avoir par surcroît à endurer les leçons de morale des fédéralistes de votre acabit, prompts à oublier que ce sont eux qui ont les premiers « usurpé la démocratie pour leur cause ». Il est toujours ahurissant de constater à quel point l’idéologie peut aveugler les plus vertueux partisans du statu quo.
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Jean-François Vallée


