Agir ou ne rien faire ?

Le débat provient de la grande réticence du premier ministre Harper et de son parti à intervenir dans le fonctionnement de l’économie.

La Presse
vendredi 18 janvier 2008

Le refus de Stephen Harper de répondre aux demandes des premiers ministres provinciaux d’intervenir pour venir en aide aux secteurs manufacturier et forestier a été interprété comme un raté de son fédéralisme d’ouverture.

Ça n’a rien à voir. Le froid entre le premier ministre canadien et ses homologues provinciaux n’a rien à voir avec un quelconque désaccord sur les relations fédérales-provinciales. Le désaccord est essentiellement idéologique. Et il porte sur la question suivante : quand une économie va mal, quand certains secteurs sont particulièrement malmenés, les gouvernements doivent-ils intervenir ? Et si oui, de quelle façon ?

Le débat provient de la grande réticence du premier ministre Harper et de son parti à intervenir dans le fonctionnement de l’économie. Et si, par exemple, le leader libéral Stéphane Dion était premier ministre, il est fort probable que celui-ci aurait été beaucoup plus sensible à l’inquiétude des provinces, même si on ne peut certainement pas le qualifier de provincialiste, parce qu’il croit que l’État doit proposer une stratégie pour permettre au Canada de répondre à ces problèmes économiques.

Si le débat a tourné tout croche, c’est en partie parce que les premiers ministres provinciaux, plus particulièrement Jean Charest et son collègue ontarien Dalton McGuinty, l’ont transformé en classique chicane fédérale-provinciale, avec tout son rituel, pèlerinage à Ottawa, chantage émotif, etc.

Pourtant, ce dossier est bien différent de ceux auxquels on l’a associé. Ce n’est pas un de ces dossiers où les besoins sont dans les provinces pendant que les ressources fiscales sont à Ottawa, comme en santé ou comme avec le déséquilibre fiscal et où l’on exige un transfert de fonds. En fait, l’enjeu, ce n’est pas de demander de l’argent à Ottawa. C’est plutôt de demander à Ottawa de faire quelque chose !

Le problème qui nous occupe, la menace d’une récession et les difficultés du secteur manufacturier, n’est pas un problème provincial, même il s’exprime de façon inégale selon les régions. C’est un problème national.

Quand un pays comme le Canada perd 250 000 emplois manufacturiers en trois ans, plus de 10% du total, c’est un problème canadien, car même s’il est inévitable que le secteur manufacturier canadien se réduise avec l’arrivée de nouveaux joueurs, il est essentiel qu’une économie avancée qui veut créer de la richesse puisse compter sur un secteur manufacturier dynamique.

Ce problème est également national parce que la compétitivité et le commerce extérieur sont aussi des compétences fédérales. Il est national aussi parce que, même si le secteur manufacturier souffre de la concurrence mondiale, le choc qu’il vit présentement tient largement à une explosion de sa monnaie qu’aucun autre pays n’a eu à subir. Et la monnaie, c’est aussi fédéral.

Mais M. Harper n’est pas en faveur de l’intervention de l’État. Le rôle de l’État, dans sa doctrine, passe surtout par des baisses d’impôt, et surtout pas par des subventions aux entreprises. On peut comprendre ces réticences quand on sait les erreurs commises par des gouvernements dépensiers et bien intentionnés.

Par contre, l’approche fiscale de M. Harper n’est pas une alternative crédible parce que sa principale baisse d’impôt, celle de la TPS, est un gros zéro sur le plan économique. Et que ses craintes idéologiques ne sont pas fondées parce que le genre de mesures de soutien dont on a besoin ne sont justement pas de celles qui font frémir les conservateurs.

Le fait que le dollar canadien ait été faible pendant des années a donné aux entreprises canadiennes un avantage artificiel. Il ne faut certainement pas remplacer cette béquille par une autre. Notre secteur manufacturier doit apprendre à vivre avec un dollar plus fort. Mais il faut tenir compte de la brutalité de la hausse de la devise. Il ne s’agit pas de faire des cadeaux à des canards boiteux, mais de penser des interventions stratégiques pour que les entreprises deviennent plus compétitives.

C’est dans cette direction que va Stéphane Dion, avec la stratégie articulée qu’il a décrite dans une rencontre éditoriale hier à La Presse, baisse des impôts des entreprises pour leur donner un avantage fiscal, meilleur soutien à la recherche au développement pour favoriser l’innovation et la productivité, utilisation du virage vert comme levier économique et soutien à l’implantation d’investisseurs étrangers.

Résumons. Au Québec, Jean Charest mettra le paquet sur l’économie. Aux États-Unis, le président Bush doit dévoiler aujourd’hui un plan d’action pour réagir aux menaces de récession ! À Ottawa, Stéphane Dion fourbit ses armes économiques pour un printemps où il y aura peut-être des élections fédérales. Et M. Harper choisit le silence. Il doit se sentir bien seul.

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