Tout de même troublant, cette crise alimentaire qui frappe soudainement nombre de pays. Plusieurs nations productrices de denrées agricoles, dont les céréales, en sont rendues à cesser leurs exportations afin de nourrir prioritairement les leurs.
Aussi bouleversant est le fait d’apprendre qu’une des raisons qui cause cette rareté s’avère la production de biocarburants. Une part grandissante des récoltes céréalières serait en effet destinée à produire de l’énergie, au lieu d’aboutir sur la table des gens. Certaines denrées comme le riz sont mêmes boudées, pour en cultiver davantage. L’inflation qui en découle aggrave une situation qui menace la paix dans le monde, selon l’ONU.
Le Québec n’est pas à l’abri de cette spirale inflationniste qui touche le panier d’épicerie. Tout est effectivement livré par un moyen de transport qui fonctionne avec une énergie fossile. Le prix du baril de pétrole qui n’en finit plus de fracasser des records sur les grandes places boursières du monde fait maintenant sentir ses effets sur le prix du litre à la pompe. Notre tour approche, inéluctablement.
Il n’y a rien à faire, disent la plupart des spécialistes. La Chine et l’Inde, qui connaissent un développement économique fulgurant, ont de plus en plus soif d’or noir. Leur demande n’ira donc pas en faiblissant. Il serait en conséquence surprenant qu’une accalmie apparaisse à court ou moyen terme sur la tendance haussière qui sévit présentement. Voilà qui n’est guère rassurant, sachant qu’un ralentissement économique s’installe en plus chez-nous et ailleurs en Amérique du Nord.
Difficile de ne pas évoquer, face au sombre contexte économique qui nous guette, l’occasion historique ratée par le gouvernement libéral de Daniel Johnson en 1994. Celui-ci refusa, à l’époque, d’injecter environ 350 millions de dollars pour faire aboutir un projet de construction d’un véhicule entièrement électrique. C’est en effet la somme que réclamait à l’époque le groupe de chercheurs dirigés par monsieur Pierre Couture, groupe oeuvrant alors à l’IREQ, le centre de recherche d’Hydro-Québec. L’argent aurait ainsi permis de développer la pile ACEP, capable de garantir une grande autonomie énergétique au véhicule électrique mû par un moteur-roue breveté.
On ne pourra jamais savoir ce qui serait survenu, si Québec avait octroyé le montant sollicité. L’état lamentable des finances publiques, au début des années 1990, n’aurait peut-être par permis de financer la mise sur pied d’une industrie automobile propre. Un partenaire privé aurait peut-être été essentiel dans l’aventure pour démarrer la production. Reste que la décision du gouvernement de Jean Charest d’injecter trois milliards de dollars l’an prochain pour rénover les infrastructures routières ainsi que les ponts et viaducs, laisse songeur : à ce que je sache, Québec n’a pas gagné le gros lot, depuis la bourde magistrale de 1994. L’administration libérale n’hésitera pas pourtant à ajouter à la dette publique les milliards qu’il compte dépenser pour les rénovations. À ce compte, que représentaient finalement les centaines de millions de dollars que demandait l’équipe du physicien Pierre Couture ?
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Voilà la différence entre un gouvernement aux aspirations provinciales et un autre aux visées nationales. Voyez-vous d’ailleurs de grands projets qui nous sont proposés présentement par Québec ? Rien, niet ! On vivote à la petite semaine, en espérant qu’on se tirera de la récession qui s’amène, sans trop de meurtrissures.
Sortir le Québec de sa dépendance envers les combustibles fossiles n’est pourtant pas un objectif nouveau. Une occasion inouïe de l’atteindre a été lamentablement bousillée, occasion qui de plus aurait favorisé l’implantation d’une industrie automobile verte révolutionnaire. Moins dépendre du pétrole est maintenant capital, face au réchauffement climatique. Davantage, avec la flambée des prix que connaît l’or noir, une inflation qui est sur le point de déséquilibrer les budgets des ménages québécois.
Le gouvernement fédéraliste du Québec, assimilé aux valeurs du gouvernement canadien qui carbure à la culture albertaine, promet l’immobilisme aux Québécois. Ceux-là même qui ont vu Stephen Harper préférer consacrer les dix milliards de surplus cette année au remboursement de la dette, plutôt que d’en réserver une partie pour financer le développement d’un moyen de transport propre, et une autre pour soutenir des secteurs économiques qui risquent de souffrir beaucoup dans les prochains mois.
Est-ce vraiment cet homme rétrograde que les Québécois veulent élire lors du prochain scrutin fédéral qui approche ? Sont-ce les mêmes qui se disent dorénavant satisfaits du premier ministre du Québec ? Celui dont le principal projet de société est d’alourdir la créance publique afin d’encourager l’utilisation d’un moyen de transport qui fera déraper la planète ?
Patrice Boileau

