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Pour dépasser 250 ans d’impuissance nationaliste
Actualité de l’indépendantisme


Le choix de l’indépendance signifie en soi que le traumatisme de la Conquête anglaise a été surmonté, que les rouages du colonialisme et de la domination aliénante ont été démontés et, donc, rendus inopérants, que la peur de la liberté a été vaincue et assumées les responsabilités inhérentes à la pleine maîtrise du destin national.

Andrée Ferretti
Gaston Miron

Les grands textes indépendantistes 1774-1992, l’Hexagone 2004

Comme tous les textes prophétiques, le discours indépendantiste québécois est d’abord archaïque, en ce qu’il se fonde sur son dialogue avec l’origine, c’est-à-dire sur son débat critique avec tout ce qui dans le passé et le présent donne lieu à sa nécessaire existence, soit les effets destructeurs sur la nation québécoise de la Conquête anglaise et des régimes constitutionnels britanniques et canadiens qui en sont directement issus.

Il trouve dans ce face-à-face lucide avec les forces adverses d’aliénation, de domination et d’exploitation, le ferment d’une pensée et d’une action affirmatives et libératrices, annonciatrices de ce qui n’est pas encore advenu et qui doit advenir. D’où sa constante modernité et son caractère toujours subversif, même quand il lui arrive de prendre figure dans des projets de société conservateurs (...)

Pour les indépendantistes, la résolution de la question nationale semble donc, pour ainsi dire, déjà derrière eux. En effet, bien que toujours à réaliser, l’indépendance, dans le discours indépendantiste, non seulement n’apparaît jamais problématique, mais plutôt d’ores et déjà victorieuse.

Le choix de l’indépendance signifie en soi que le traumatisme de la Conquête anglaise a été surmonté, que les rouages du colonialisme et de la domination aliénante ont été démontés et, donc, rendus inopérants, que la peur de la liberté a été vaincue et assumées les responsabilités inhérentes à la pleine maîtrise du destin national.

Tourné vers l’avenir, ouvert sur le monde

D’où, à toutes les époques et dans tous les contextes de son élaboration, un discours qui propose l’indépendance comme outil de libération nationale, certes, mais également comme condition sine qua non de réalisation d’un projet de société conçu en regard des valeurs, richesses, compétences, aspirations et intérêts spécifiques de la nation, de quelques manières qu’ils soient compris par les uns et les autres. Ainsi, à travers ses journaux et revues, ses manifestes, mémoires, déclarations et programmes, les innombrables articles et essais de ses partisans, le mouvement indépendantiste apparaît toujours résolument tourné vers l’avenir et ouvert sur le monde.

Cette volonté de présence moderne au monde de l’indépendantisme le distingue essentiellement du nationalisme, traditionnel et actuel, qui maintient le Québec dans le passé, l’enferme dans le provincialisme, l’obligeant à un perpétuel recommencement des mêmes luttes, nées des mêmes revendications, en vue des mêmes objectifs.

En expulsant la Conquête anglaise hors de l’Histoire, sans l’avoir d’abord transcendée dans un présent radicalement différent, le nationalisme québécois ne peut qu’en perpétuer indéfiniment les conséquences, chaque événement nouveau découlant nécessairement de l’événement crucial.

Ce refoulement de la Conquête, dans un no man’s land où seul le mythe peut s’installer à demeure, piège le nationalisme québécois dans la sophistique de la bonne entente souhaitable avec le Canada anglais, déjà à l’oeuvre sous l’Union, et, depuis 1867, dans celle encore plus pernicieuse des deux peuples fondateurs ayant des droits égaux dans un État fédéral composé de deux nations égales.

C’est ce refus de considérer la nation québécoise comme nation conquise, soumise à tous les aléas de la domination d’un pouvoir étatique étranger, dont le régime fédéral en train de naître ne sera que l’ultime avatar, qui rend le nationalisme québécois impuissant à assumer dans toutes ses propriétés la dimension politique de son discours d’affirmation nationale, qui l’engage sans fin dans des luttes stériles avec un adversaire considéré comme un partenaire et non comme l’ennemi objectif qu’il est pourtant.

Il ne peut dès lors que s’en tenir à des déclarations d’hostilité, sans pouvoir jamais mettre ses menaces à exécution, pas plus que le pouvoir canadien ne peut se permettre, dans sa constante volonté de soumettre le peuple québécois sans le faire fuir, de dire non à la totalité des revendications de nos provincialistes.

Ainsi entretenu par le nationalisme québécois, le syndrome conflictuel Canada-Québec n’obéit pas aux règles habituelles voulant que, tôt ou tard, les litiges nationaux se résolvent d’une manière ou d’une autre.

Au contraire, ils ne font ici que se régénérer constamment, à même les concessions mineures et ponctuelles de l’un et les compromis fondamentaux de l’autre, tous déterminés par le rapport de force majorité-minorité, nécessairement défavorable au Québec.

L’ensemble du discours indépendantiste élaboré depuis la Confédération et, plus particulièrement, depuis 1957 propose plus ou moins explicitement cette analyse de la perversité profonde des luttes nationalistes. (...)

La « société distincte », ultime avatar du nationalisme provincialiste Avec des conséquences sans cesse aggravées, au point qu’aujourd’hui les nationalistes provincialistes ont si complètement perdu la conscience du sens de l’identité nationale et de ses attributs intrinsèques, qu’ils acceptent la réduction de la nation québécoise au statut de « société distincte », sans voir, ou feignant de ne pas voir, que cette ultime dégradation de l’entité québécoise compromet son existence plus dangereusement que jamais, même en tant que simple société distincte, qu’elle légitimise les interventions du Canada dans le gouvernement du Québec. (...)

Aboutissement inévitable d’une stratégie de la survivance qui a constamment occulté la question de l’État en tant que seule expression moderne achevée de la nation. Aboutissement qui survient précisément au moment de l’histoire universelle où l’État - en dépit des délirants hymnes capitalistes aux libres forces du marché - tient le rôle primordial dans le développement de la nation, axé sur la mondialisation de tous les échanges.

Processus engagé au Cours de la Deuxième Guerre mondiale, l’interventionnisme de l’État innerve désormais tous les réseaux des relations internationales, du pouvoir politique, de l’économie et de la culture.

D’où la naissance au Québec, à la fin des années 50, du mouvement indépendantiste qui, depuis, n’a cessé de se développer. D’où l’évolution nécessairement de plus en plus centralisatrice du régime constitutionnel canadien. D’où l’actuel affrontement décisif entre les forces fédéralistes et nationalistes, d’une part, et les forces indépendantistes, d’autre part.

Car, il s’agit bien de cela : de l’indispensable maîtrise du pouvoir d’État. L’indépendantisme n’est pas en effet, comme le nationalisme, un mouvement ethnique assimilant les luttes pour la sauvegarde de la nation aux luttes pour la défense de la langue et autres caractéristiques et valeurs culturelles, sociales ou religieuses.

L’indépendantisme, c’est une volonté et une stratégie de conquête du pouvoir d’État pour libérer la nation québécoise de toutes les tutelles qui entravent sa puissance à prendre entièrement charge d’elle-même, avec les avantages et contraintes, les réussites et échecs, les droits et devoirs inhérents à la responsabilité et, donc à la liberté. (...)

Or, c’est parce qu’elle est essentiellement synonyme de liberté que l’indépendance est peu à peu devenue, au cours des derniers siècles, la forme quasi universelle d’organisation politique des peuples en État national souverain.

Aussi n’en est-il pas un seul aujourd’hui, s’il en est privé ou s’il est menacé de la perdre, qui ne lutte pour l’acquérir, la reconquérir ou la défendre, selon des circonstances et conditions historiques propres à chacun. Le peuple québécois ne saurait sous peine de disparaître échapper à la règle.

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Conférencier : Philippe Haeck - Lectrice : Chloé Sainte-Marie
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