Je souhaiterais attirer l’attention des Québécois sur un fait qui ne relève pas de la paranoïa, soit l’abolition graduelle mais continue de la loi 101 par la Supreme Court of Canada et l’amputation effective de l’Office Québécois de la Langue Française par l’actuel gouvernement du Québec.
En effet, c’est avec consternation et révolte que j’ai aperçu récemment une publicité entièrement en anglais dans le métro de Montréal, soit deux affiches de l’Université Concordia à la station Atwater. Je prends donc une photographie et je porte plainte à l’OQLF. Une semaine après avoir porté plainte, toujours pas de réponse, mais d’autres citoyens, que la situation offusquait aussi, en ont reçu une. Il apparaît qu’il est parfaitement légal pour une école qui enseigne en anglais de diffuser des publicités en anglais. Résultat, l’horreur légalisée est toujours là, au moment où vous lisez ce texte, fièrement affichée dans le métro, à la recherche des meilleurs étudiants québécois ainsi que de ceux qui y vivent en ignorant la langue nationale, en ignorant où ils sont.
Bien que plutôt offusqué de ne pas avoir reçu de réponse, j’ai reçu cependant une lettre de l’OQLF le 13 octobre dernier. Et oh ! Surprise ! C’était une lettre concernant une plainte que j’avais fait l’hiver dernier à la suite d’une publicité similaire du Collège O’Sullivan. La lettre en question affirme très sérieusement “L’objet de votre plainte est de juridiction fédérale et celle-ci devrait plutôt être adressée au CTRC...”. Presque un an pour m’envoyer cette réponse ! Il y a longtemps que le contrat de publicité du Collège O’Sullivan était terminé.
En novembre 2005, j’avais aussi plainte à propos d’un commerce à propos d’une employée d’un commerce qui avait été incapable de me répondre en français ou même encore anglais. Février 2006, je reçois une lettre de l’OQLF qui m’indiquait qu’en fonction de quelques obscurs alinéas, qu’ils ne peuvent rien faire.
Devant cette constance en ce qui a trait aux délais et à l’ineffectivité de l’OQLF, deux constats s’imposent :
Premièrement, la loi 101, après avoir été amputée plus de 200 fois par les juges de la Supreme Court of Canada : la loi 101 n’a plus aucune force coercitive, ce qui est le propre d’une loi. Sous le couvert du multiculturalisme canadien et des droits individuels au mépris des droits collectifs, ces juges canadiens ont lentement mais sûrement détruit ce qui nous empêche de devenir une caricature de nous-même, soit des canadiens-français d’expression franco-québécoise ou je ne sais quoi encore.
Deuxièmement, il est clair que la lenteur administrative de l’OQLF ne peut être due en tout respect de la logique aux multiples coupures qu’elle a subit. Il ne peut s’agir que d’une commande politique, de laisser trainer les dossiers pour être certain qu’ils ne se règlent jamais, que jamais une entreprise sera forcée par l’État québécois de faire du commerce dans la langue du pays. Ce qui, par ailleurs, est parfaitement compatible avec la logique néolibérale du retrait de l’État au nom du saint libre marché, qui serait si efficace et ne sombrerait jamais dans les récessions et autres crises économiques.
J’accuse ici d’incompétence volontaire le gouvernement dépendantiste libéral ! Je n’ose plus associer ce gouvernement au courant fédéraliste québécois, puisqu’historiquement les fédéralistes étaient moyennement nationalistes et demandaient au gouvernement du Canada des améliorations au système fédéral. A contrario, le gouvernement Charest ne fait rien de ce côté, il attend que le fruit soit mûr alors qu’il est pourri depuis longtemps. Ce gouvernement, hanté qu’il est par le lointain souvenir selon lequel nous serions toujours canadiens et tellement obsédé de ne pas faire de gains qui pourraient être récupérés par le PQ et les indépendantistes, a choisi la dépendance comme position constitutionnelle. Oui, je l’accuse d’être responsable de cet état de fait si déplorable. N’était-ce pas après tout ce même gouvernement qui avait caché les études sur le déclin du français à Montréal, pour éviter tout remous ? Un gouvernement du Québec qui s’occupe du nation building canadien, ce n’est pas un gouvernement digne de ce nom, c’est une triste administration.
Marc-Antoine Daneau
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