Le commentaire de M. J. René Marcel Sauvé accrédite tout à fait l’idée qu’il nous faudrait prendre les armes, du moins qu’il faut nous préparer à prendre les armes puisque d’après lui « Mieux vaut mourir honorablement les armes à la main que vivre dans l’ignominie de l’inféodation et la soumission servile et déshonorante. »
Il est donc question ici de l’exact contraire de ce que veut dire la lutte démocratique pacifiste qu’aurait choisie le RRQ. Or, M. Sauvé veut ici prendre la défense du RRQ et l’invite à faire le choix de la lutte armée, car sinon, il sera trop tard quand le Canada s’en remettra aux armes pour nous écraser.
M. Ougho, est-ce bien cela que vous défendez ?
Si ce n’est pas le cas, il faut le dire et il faut que le RRQ le dise clairement. Et, si c’est le cas, il faut être tout aussi clair.
M. Sauvé parle de guerre, de son extrémité de guerre armée. M. Sauvé parle encore ici de prévoir ce qui pourrait advenir selon lui si nous faisons le choix de la lutte démocratique pacifiste. Comme il en a parlé déjà dans le titre de Vigile, mais il refuse de répondre à la question de ce que veut dire et doit engendrer cette « prévoyance ».
Vigile-2009 01 15-René Marcel Sauvé- Mourir à Gaza, oui, mais...
La question est : Le RRQ est-il ou pas du côté de la lutte armée ou du côté de la lutte démocratique pacifiste ? Une lutte qui soit dit en passant n’a rien à voir avec la passivité. Le pacifisme est plutôt même une action, une série d’actions pour n’avoir justement pas à avoir recours aux armes et à la violence. Une action qui se reflète dans l’étymologie de mot Pax facere, faire, fabriquer la paix, et ce n’est pas qu’une mince tâche. Il faut s’attaquer à ce qui menace la paix, à ce qui peut engendrer la guerre, la nourrir, la provoquer. Je parle de la vraie guerre, la guerre violente et armée.
Pour ce faire, il faut s’attaquer à ce qui est source de conflit. En l’occurrence à la volonté ferme des canadianisateurs d’imposer de force et d’autorité une Pax canadiana qui n’est qu’une fausse concorde fondée sur l’abus de pouvoir et l’abus d’autorité qui s’impose sans se nommément soumettre aux voix du peuple démocratique, pacifiste et souverain du Québec. Voilà ce à quoi il nous faut nous attaquer. Cela peut se faire pacifiquement et démocratiquement, désobéissance civile pacifiste, mais impétueuse et véhémente comprise s’il y a lieu. Et le RRQ pourrait y jouer un rôle important, voire déterminant, justement en faisant la différence entre impétuosité et violence, en assumant un leadership essentiel à cet égard qui nous préserverait grâce à son ascendant sur ses troupes de l’improvisation guerrière et le manque de contrôle des ses juvéniles énergies combatives. En traçant la ligne à ne pas franchir. Autant pour dénoncer les outrances et dépassement des autres, que les siens propres.
« En fait, la guerre éclate et passe aux armes lorsque tous les moyens de la conciliation ont expiré. Les Québécois ne comprennent toujours pas qu’une telle conciliation est inexistante chez les volontés déterminées à tout prendre et tout dominer. »
Conclusion : la guerre passe aux armes de manière obligé ici. Or, la guerre n’est pas passée aux armes, nous ne sommes pas occupés militairement, nous ne sommes pas bombardés ni mitraillés. M. Sauvé nous dit que ce n’est qu’une question de temps. Il nous faut nous préparer à prendre les armes pour réagir à une agression de guerre qui ne pourra qu’être armée. C’est la seule avenue possible, puisque nous faisons face à une « volonté déterminée à tout prendre et à tout dominer » et que la conciliation n’est pas admise par nos adversaires.
Je récuse cette analyse. OUI, les canadianisateurs sont déterminés, ils savent mobiliser des ressources immenses contre nous. Ils sont en guerre. Mais face à cette agression d’autres recours que les armes sont possibles. Non seulement possibles mais nécessaires en se gardant bien du recours à la violence et aux armes, ne fussent-elles que des pierres.
Au contraire, le recours aux armes est tout ce qu’attendent les canadianisateurs pour sortir les leurs et discréditer et enfoncer l’ensemble du mouvement souverainiste, comme cela s’est produit à la faveur de la Crise d’octobre en inventant une supposée insurrection appréhendée, qui n’a jamais eu de réalité. Pour dénoncer cette invention qui artificiellement a créé une menace qui n’a jamais existé, il nous faut nous garder de la menace et nous garder d’inventer nous-même une menace qui n’existe pas en nous disant qu’il sera trop tard pour y réagir le jour où elle se matérialisera. L’épisode de la retraite de la CCBN est éloquent à cet égard. Voilà pourquoi il faut clarifier les choses. Voilà pourquoi le RRQ doit choisir et nous faire part clairement de son choix et en faire part directement le PQ et le Bloc.
Nous sommes infiniment inférieurs en nombre, l’armée et les forces des canadianisateurs seront toujours infiniment plus nombreuses et puissantes que les nôtres, cela nous l’avons compris lors de la Rébellion des Patriotes et lors de la Crise d’octobre. N’existent pas ici les conditions propices à une victoire armée du peuple souverain du Québec. Parce que nous sommes seuls au monde et que personne ne viendra à notre secours. Nous ne sommes pas l’Afghanistan, ni Cuba qui pouvait et qui peut compter sur les Russes ou les islamistes. Nous ne sommes pas une île.
Cependant, nous pouvons prendre possession de notre territoire par les moyens pacifistes de la démocratie et du principe démocratique qui fait du peuple démocratique, pacifiste et souverain du Québec, un peuple libre de choisir son destin. Nous pouvons gagner des batailles et la guerre sur la base de la démocratie en invalidant l’autorité abusive de l’État du Canada qui adhère aux principes démocratiques de la souveraineté du peuple face à la communauté internationale. Cette communauté n’accepterait pas que la volonté libre du peuple souverain du Québec soit impunément contrée et brisée lorsqu’elle se manifestera. Par contre, si l’ordre démocratique est perverti par une lutte armée, cette même communauté ne pourra rien contre le prétexte qu’y trouvera le Canada pour nous occuper militairement. Ce qui effectivement peut survenir si la violence politique s’en mêle. Est-ce cela que souhaitent M. Sauvé et le RRQ, pour provoquer un conflit armé ?
Voilà le danger. Ce pourquoi il nous faut choisir de faire la guerre à la guerre armée tout aussi sûrement qu’il nous faut faire la guerre d’usure contre la volonté canadianisatrice d’imposer d’autorité son ordre politique de l’enfermement dans un statu quo de blocage qui se refuse à s’en remettre aux voix du peuple souverain du Québec en s’abstenant de le nommément consulter à l’égard de la validité et la légitimité de la Constitution que le Canada nous impose unilatéralement.
Le sophisme qui fait du pacifisme un supposé « passifisme » doit être dénoncé et je le dénonce ici. Le recours aux armes est tout aussi contrindiqué pour nous que pour les armées du Canada. Si nous voulons dénoncer un éventuel recours du Canada aux armes, il nous faut ne pas avoir de près ou de loin d’abord cédé à la tentation d’y recourir. Le peuple démocratique, pacifiste et souverain du Québec le comprend très majoritairement et ce n’est pas parce qu’il ne comprend rien à la guerre ou au caractère vindicatif et abusif des activistes minoritaires canadianisateurs.
Au contraire, ce peuple est un maître de la lutte de résistance résiliente et victorieuse. Il a su survivre à la guerre, à l’assimilation prévue par un Empire infiniment supérieur en puissance et en nombre. Il est de plus en plus maître chez lui et a cessé de se croire possesseur du Canada comme un certain avatar décatie d’une notre ancien impérialisme du French Power nous l’a fait un temps croire. Avec le renvoi récent de Stéphane Dion, dernier héritier de cette lignée du French Power illusoire, est aujourd’hui chose du passé, et c’est tant mieux. Nous avons cessé de renouer avec nos gênes impérialistes hérités du peuple impérialiste de France dont nous étions parties en Nouvelle-France. Ce qui nous fait différent de tout autre peuple, nous qui avons été Impérialistes et Conquérants et qui vivons depuis 250 ans ce que représente le fait de vivre sous la botte de semblable Conquérants que nous avons déjà été. Ce qui fait de nous maintenant un peuple qui comprend bien ce que c’est que d’être Conquérant et comprend bien ce que c’est que d’être Conquis. Un peuple qui comprend bien ce qu’il faut abandonner pour cesser d’être Conquérant, car même Conquis, nous avons un temps voulu conquérir à nouveau le Canada. Maintenant nous savons qu’il nous faut refuser la Conquête et ne nous approprier que ce qui nous appartient et non pas ce qui appartient aux autres. Le Québec nous appartient et le Canada appartient au Canadians. Les Canadians doivent comprendre qu’ils ne perdront que leurs illusions en admettant que le Québec nous appartient à nous, le peuple souverain du Québec. Cela les fera grandis par telle admission et non rapetissés. Car abandonner le fait d’être Conquérant nous fait grandir et non pas mourir. C’est à cette grandeur que nous les convions. Celle qui est la nôtre depuis que nous voulons nous réapproprier en tout bien tout honneur ce qui nous appartient et que ce qui nous appartient.
Nous reste à exiger nommément et dans la lettre de notre référendaire expression, que le peuple souverain du Québec soit appelé à nommément valider les États qui prétendent à bon droit le gouverner. En l’occurrence, il faut exiger que le peuple souverain du Québec soit appelé à invalider l’État du Canada actuel qui est répudié par la très grande majorité des Québécois, souverainistes, fédéralistes rénovateurs, autonomistes et confédéralistes compris.
Nous sommes loin d’avoir épuisé tous les recours politiques démocratiques et pacifistes qui sont à notre portée. La séduction romantique de la mort honorable « les armes à la main » de quelques exaltés ne pourra en rien nous préserver ou nous sauver de « l’ignominie de l’inféodation et la soumission servile et déshonorante. » Nous serions 100 000 à mourir, cela n’y changera rien, car après la guerre et la destruction qu’elle engendre, il nous faudra continuer à vivre avec nos voisins qui ne désirent pas la guerre armée. Ils sont désarmés par notre dur désir de durer et ne peuvent rien contre lui. Sauf quand nous prenons les armes.
L’Amérique du Sud est en train de le prouver. La lutte armée n’a jamais, là comme ici, obtenu de résultats tangibles et durables. Au contraire, depuis que des mouvements guerriers se sont pris fait et cause pour la lutte démocratique pacifiste, la mainmise étasunienne ne parvient pas à faire reculer la volonté forte et solidaire des peuples démocratiques et pacifistes qui s’emparent peu à peu des États qui sont les leurs, cela, pacifiquement et démocratiquement. Et, ce n’est pas parce que les impérialistes manquaient de moyens ou de détermination, cela est survenu alors que Bush était au pouvoir et avait toute licence pour engager là comme ailleurs ses armées.
La question est : où se situe le RRQ ? Du côté de la majorité souverainiste démocratique et pacifiste ou du côté de la lutte armée et ses errances violentes qui ont été parties de son discours passé ? Le discours de M. Sauvé exposé à la défense du RRQ me semble l’imposer d’autant cette clarification à faire. M. Ougho,
Il n’est pas question quant à moi de détruire le RRQ. Au contraire. La meilleure façon de le faire est de faire en sorte que le RRQ admette qu’il a erré avant et pendant la bataille qu’il a menée de concert avec les forces souverainistes qui sont parvenues à susciter un tollé général contre l’activisme falsificateur de la CCBN. Il a erré, mais cela ne disqualifie pas son action démocratique et pacifiste. Il a erré en succombant à la séduction de la violence incendiaire et les lancés de pierres. POINT. L’admettre officiellement n’est pas la fin du monde, personne n’est à l’abri des erreurs, des dépassements. Et, surtout de tels errements n’invalident pas l’action démocratique et pacifiste du RRQ. Tout le monde souverainiste peut s’entendre là-dessus. Cependant, passer sous silence ou minimiser l’erreur n’est pas acceptable, car justement, et votre démonstration le prouve, les canadianisateurs ne demandent que ça, des dépassements, des erreurs, pour sortir leur artillerie lourde. De fait, ils l’ont sortie, ils ont mis en évidence contre toute évidence les menaces de violences pour justifier leur retraite alors qu’ils ont retraité non pas en raison de ces menaces mais bien parce qu’un tollé général rendait inopérante leur propagande falsificatrice de fausse concorde.
Le RRQ ne sera pas détruit s’il parvient à faire la nette distinction entre lutte démocratique et lutte armée. Pour l’heure son refus de dire clairement que les dépassements et errances passées n’avait pas lieu d’être puisque le RRQ a choisi la lutte démocratique et pacifiste, désobéissance civile comprise, véhémence et impétuosité pacifiste admise.
Le peuple souverain du Québec doit faire l’unité de ses forces de toutes ses forces, dans la diversité de ses déclinaisons, chacune en support et en complément de l’autre. Le PQ/Bloc rentre-dedans, est tout ce qu’il faut pour ajourner l’avènement de l’unité des forces souverainistes. Une unité préalable à l’unité du peuple souverain du Québec. Le RRQ a choisi d’abonder dans ce que les canadianisateurs ont voulu en mettant en évidence les errances du RRQ. Ils comptent bien tabler sur le refus du RRQ de s’amender. Le mieux serait de contredire leurs attentes, et cela ne peut se faire en exigeant du PQ et du Bloc qu’ils admettent qu’on puisse franchir impunément la ligne qui sépare la lutte démocratique et pacifiste de la lutte armée, de l’émeute. On ne peut admettre de dépassements. Le RRQ doit participer à ce refus du dépassement dangereux. Cela montrerait sa vraie force. Cela démontrerait la force et la congruence de la mouvance souverainiste. Mais le RRQ louvoie, fafine, et tente de tirer parti de la division de nos forces. Dommage.
Quant au fait qu’il faille rendre inconfortable l’impérialisme canadian, la question est, faut-il ou non recourir à la violence ou aux menaces de violences ? Si la réponse est non. Qu’on le dise clairement. Pour l’heure, la réponse est ambiguë. Elle ne doit pas l’être. Elle est ambiguë parce que le RRQ affirme qu’il ne veut pas se plier à ce qu’ont demandé le PQ et le Bloc. Or, le PQ et le Bloc n’ont pas demandé au RRQ de s’assagir, ou de devenir un parti politique de masse, ou de cesser d’être impétueux ou véhément. Non, le PQ et le Bloc ont cessé d’acheter de la publicité au journal le Québécois du RRQ parce que le RRQ a refusé de réitérer son choix de la lutte démocratique pacifiste de manière claire et nette et de dénoncer ses propres malheureux et regrettés recours à l’ambiguïté qui succombent à la séduction de la violence, incendie et jet de pierre compris.
Arguer qu’il est question de détruire le RRQ n’est pas crédible. Le PQ et le Bloc ne souhaitent pas la disparition de la véhémence et de l’impétuosité. Le PQ et le Bloc désirent cependant ne pas succomber à la provocation canadianisatrice qui ne demande que ça, des dépassements, des erreurs de parcours pour enfoncer l’ensemble du mouvement souverainiste comme cela s’est déjà passé lors de la crise d’octobre. Infiltration de la GRC aidant. Nous avons déjà donné. Il nous faut comme René Lévesque refuser et dénoncer le recours à la séduction de la violence. Voilà ce qui est demandé au RRQ. Rien d’autre, et surtout pas sa disparition ou sa destruction.
Le RRQ sauf quelques erreurs commises a su faire de la cause du peuple souverain du Québec une cause noble, une cause moderne, une cause appuyée par la jeunesse, du moins par une certaine jeunesse qui aurait pu sans l’activisme bienvenu et impétueux du RRQ, plutôt être du côté de l’indifférence ou pire du côté de la droite conservatrice et canadianisatrice qui nous enfonce. Cet ascendant sur la jeunesse fait du RRQ une force déterminante qui peut avoir une influence importante sur ce qu’il adviendra de la canalisation de l’impétuosité de la jeunesse. Si le RRQ prend fait et cause pour la canalisation de cette énergie dans la lutte démocratique pacifiste, désobéissance civile pacifiste admise, cela pourra nous préserver de ce que souhaitent les canadianisateurs, et qui d’autre mieux que le RRQ peut avoir une telle influence ? Ce pourquoi il est si important que le RRQ cesse de tergiverser et de fafiner. Ses prises de position sont déterminantes pour la suite des choses. Car il est question de pouvoir compter sur son impétuosité, son audace, sa véhémence en toute sécurité, car on saura qu’il est toujours question de lutte démocratique et pacifiste. Dans l’ambiguïté ambiante, nous ne pouvons compter clairement sur l’impétuosité et la véhémence parce qu’il nous faudra craindre les dépassements puisqu’ils ont été minimisés, excusés, un peu trop commodément et hors toute congruence et logique.
« Nous sommes en guerre » soit, la question est, quelle sorte de guerre ? S’il est question de guerre froide, de guerre larvée, de querelle et de lutte, c’est une chose, mais s’il est question de lutte armée c’est autre chose. Se réjouir d’un incendie engage la lutte armée, qui serait justifiée par l’agression canadianisatrice. Est-ce de cela qu’il est question ? S’il est question de justifier la lutte armée par l’agression canadianisatrice, qu’on le dise et qu’on prenne le maquis. S’il n’est pas question de répliquer aux provocations canadianisatrice par la violence ou la menace de violence qu’on le dise. Et cela ne détruira le RRQ que s’il ne fait pas le bon choix. Le bon choix est la lutte démocratique pacifiste et la dénonciation de la séduction de la violence, la dénonciation des dépassements, la clarification du choix politique fait.
Une telle clarification s’impose. Elle reste à faire, officiellement et publiquement. Ce qui permettrait au PQ et au Bloc de financer à nouveau le journal Le Québécois du RRQ et faire l’unité de nos forces souverainistes toutes impétuosités et véhémences admises dans le contexte d’une lutte résolument et uniquement démocratique et pacifiste.