Tous ces observateurs politiques, tous ces faiseurs de manchettes, tous ces prestidigitateurs de l’actualité politique et de l’opinion publique, tous ces travailleurs acharnés à répandre la Gesca-Béatitude et la Radio-Cadenas-Hébétude canadienne et fédéraliste (oui, bien-sûr, il va de soi que nous "paranoïyons" !) semblent avoir cette faculté naturelle à se faire les promoteurs, auprès des Québécois, de l’identité canadienne et du fédéralisme, souvent au détriment de l’identité québécoise et du sentiment profond qu’ont les Québécois à considérer le Québec comme leur pays, ce qui doit sans doute plaire à leurs maîtres. Ils me font penser à ces bêtes savantes, que tout cirque qui se respecte se doit de posséder, ces bêtes bien entrainées, qui, prestation après prestation, font le même petit numéro pour impressionner et charmer leur auditoire, au grand plaisir de leurs maîtres.
Ils sont de la même lignée que celle de sir Georges-Etienne Cartier, ce père de la Confédération, dont se réclament à l’occasion, depuis 1867, certains politiciens québécois, qui sont souvent perçus par une partie non-négligeable de la population québécoise comme des traîtes à la nation. Ils apparaissent fondamentalement, de façon aussi servile et intense, dévoués à leurs maîtres et à leurs oeuvres. Ils sont, pour les uns, au service de la Gesca-Béatitude et de la Radio-Cadenas-Hébétude autant que, pour l’autre, Cartier pouvait l’être à "l’Anglitude", c’est à dire à cette attitude effrénée à vouloir servir les Anglais, la monarchie et la Grande-Bretagne et à s’identifier à ce qu’ils sont.
Ils ont deux choses en commun : l’honorabilité et les honneurs que leur rapporte ou leur a rapportés le fait d’être ou d’avoir été du côté du plus fort. Un jour, cependant, les choses pourraient bien changer ! Et ils le savent très bien, car malgré leur assurance, ils conservent secrètement une certaine crainte qu’ils se réservent pour eux-mêmes et qu’on peut facilement identifier comme étant celle de la République du Québec. N’ayez crainte, à ce moment-là, ils sauront bien se convertir car, comme le voilier qui cherche le vent, ils vont toujours où leurs intérêts peuvent être servis ! Et nous les accueillerons alors comme des frères égarés qui rentrent au bercail ! Mais ni eux ni nous n’oublierons leur passé, qu’ils devront assumer de leur vivant et même au délà par l’histoire : Ce sera le seul prix qu’ils auront à payer pour avoir tenté, inconsciemment ou non, de diminuer leur peuple et nation et pour les avoir mis en péril !
Concernant Georges-Etienne Cartier, voici ce que cet icône de la nouvelle religion qu’est devenue la confédération canadienne, le 29 octobre 1864, lors d’un banquet donné en leur honneur par la ville de Montréal, déclarait, entre autres choses, aux délégués des Conférences de Charlottetown (septembre 1864) et de Québec (octobre 1864) venus visiter la ville : - "... En ce moment, nous travaillons à notre tour à fonder une grande confédération (il venait de rappeler la fondation de la république américaine), mais notre objet n’est point de le faire par la création d’institutions démocratiques ; non, c’est plutôt d’aider l’élément monarchique à prendre parmi nous de plus profondes racines..." / - "...J’ai déclaré être d’avis que cette confédération ne devrait pas se réaliser, si elle devait faire disparaître ou seulement affaiblir le lien qui nous attache à la Grande-Bretagne. Je suis pour la confédération, parce que je pense que l’établissement d’un gouvernement général donnerait plus de force encore à ce lien qui nous est cher à tous. Et je pense que chacun de nous est d’avis que la nouvelle forme de gouvernement doit être propre à accroître l’influence et le prestige des principes monarchiques dans notre système politique pour avoir chance de succès..." (Cf.:Histoire du Canada par les textes, Fides (1963), tome deux, de Michel Brunet, pages 16 et 17).
Pour sa part, voici comment George Brown, cet immigrant écossais, d’abord venu aux Etats-Unis en 1837, puis au Canada en 1843, plus précisement à Toronto, fondateur en 1844 du journal "The Globe", personnage qui fut, selon mon humble avis, le véritable instigateur du projet de la Confédération, dans le but de réformer l’Acte d’Union de 1840 afin de donner au Haut-Canada une représentation proportionnelle à sa population désormais supérieure à celle du Bas-Canada mais qui, auparavant, durant plus de trente ans, avait néammoins pu bénificier d’une représentation égale à celle du Bas-Canada malgré une population à ce moment-là de beaucoup inférieure à la population de celui-ci, personnage avec lequel Cartier, Macdonald et Galt firent alliance pour réaliser le projet de la Confédération, s’exprimait le premier juillet 1867, dans son journal "The Globe", pour saluer l’entrée en vigueur de ladite Confédération : "Nous saluons la naissance d’une nouvelle nation. Une Amérique anglaise unie, forte de quatre millions d’habitants prend place aujourd’hui parmi les grandes nations du monde." (Cf. : Histoire populaire du Québec, de Jacques Lacoursière, tome trois, Edition du Club Québec Loisir Inc, 1977, avec autorisation des éditions du Septentrion, page 191)
Ce que déclarait ce jour-là George Brown, les francophones du Bas-Canada et des colonies anglaises d’Amérique du Nord, l’avaient déjà compris et suspecté dès 1865. À preuve ce que rapportait le journal libéral "Le Pays" (surprenant, n’est-ce pas, monsieur Pratte ?!) de la séance parlementaire du 10 mars 1865, au cours de laquelle 62 députés avaient voté pour et 37 contre l’adoption des résolutions de la Conférence de Québec, c’est à dire pour et contre la Confédération : "Cette séance parlementaire restera profondément marquée dans les annales du Canada et surtout dans l’histoire de la nationalité francaise sur cette partie du continent américain.... À la clôture, les députés composant la glorieuse majorité, suivant le rapport, auraient chanté en choeur le "God save the Queen". Après une séance où l’on venait de créer une nouvelle nationalité et de sacrifier la nôtre, nous comprenons qu’il était de toute convenance d’entonner l’hymne national anglais." (Cf. : Histoire populaire du Québec, de Jacques Lacoursière, tome trois, pages 149-150).
Cette confédération perfide nous fut ainsi imposée, sans consultation populaire auprès de l’électorat francophone tant du Bas-Canada que d’ailleurs dans les colonies anglaises d’Amérique du Nord, par 35 délégués, dont seulement 4 francophones, savoir Cartier, Hector Langevin, Jean-Charles Chapais et sir Étienne Taché.
Pour couronner cette belle épopée démocratique, dont semblent si fiers les prétendus démocrates qui s’en prennent à la qualité démocratique de la démarche prônée par les partisans de l’indépendance du Québec, voyons jusqu’où pouvait aller l’aplat-ventrisme de Georges-Etienne Cartier face à ses maîtres alors que, le 23 décembre 1869, à l’occasion d’un banquet offert en son honneur et celui d’Hector Langevin par les négociants de Québec, il s’adressait ainsi à son auditoire : "Nous ne sommes plus des Francais ici, mais bien des citoyens anglais parlant francais. Qu’est-ce qui nous a conservés sujets anglais ? C’est cet esprit commercial qui a suivi l’armée anglaise et multiplié les liens entre nous et l’Angleterre." (Histoire populaire du Québec, de Jacques Lacoursière, tome trois, page 252).
Tellement fier de servir ses maîtres qu’il n’avait aucune honte à s’afficher sans vergogne comme un collaborateur qui brassait des affaires avec le conquérant anglais. Tellement idôlatre et courtisan qu’il n’hésita pas à nommer du nom de Victoria, celui même que portait alors la détentrice de la couronne britannique, le pont qu’il avait fait construire afin que la ligne de chemin de fer du Grand Tronc, dont il avait été l’avocat, puisse relier Montréal à Portland, qu’il avait d’ailleurs inaugurée le 28 août 1859, non pas en présence de la reine Victoria elle-même (quel malheur !), mais avec son jeune fils, le prince Albert Édouard, alors âgé de 18 ans, qu’elle avait délégué pour l’y remplacer ; cette reine Victoria dont il avait affligé du nom la troisième de ses filles, mais soulignons à sa décharge qu’il avait donné le nom de Joséphine à sa première fille (c’était sans doute à l’époque où il avait encore des remords !).
Évidemment, Cartier, pour ses bons services, fut récompensé par ses maîtres, qui lui décernèrent, le premier juillet 1867, par l’intermédiaire de lord Monk, alors gouverneur-général, le titre de Compagnon de l’Ordre du Bain, ce qui lui permettait d’ajouter à son nom les lettres "C.B.". Par contre, le même jour, John A. Macdonald se vit conférer le titre de Chevalier de L’Ordre du Bain, ce qui lui permettait d’ajouter à son nom les lettres "K.C.B." et surtout de jouir automatiquement au surplus du titre de "Sir". Cartier en resta amer. Tant et si bien qu’à l’occasion d’un voyage à Londres, Charles Tupper attira l’attention du duc de Buckingham sur ce grave et sérieux problème, de sorte que ce dernier intercéda à ce sujet auprès de la reine Victoria, qui, en l’absence de vacance chez les Chevaliers de l’Ordre du Bain, lui conféra le titre de "Baronnet". C’est ainsi qu’il put lui-même avoir droit, comme Macdonald, au titre de "Sir", auquel donnait également droit automatiquement le titre de Baronnet.
Avouons que ce titre de "Baronnet" lui va bien : il y a dans cette appellation quelque chose juste d’assez grotesque et ridicule qui sied bien à ce maître de la servilité, à ce père de la collaboration ! Ainsi vont les vicissitudes de la vie. Même les plus grands parmi les hommes n’y échappent point, mais leurs malheurs sont cependant proportionnels à leur grandeur !
Néammoins Cartier est mort heureux puisqu’il est décédé le 20 mai 1873 dans son appartement londonien ! Quel paradoxe pour cet ancien patriote qui participa le 22 novembre 1837 à la bataile Saint-Denis, avant de s’exiler aux Etats-Unis, dans l’état du Maine, pour ensuite quémander son pardon en affichant sa loyauté à la couronne britannique dans une lettre adressée en 1838 au secrétaire de lord Durham, avant quelques mois plus tard de rentrer à Montréal pour continuer à y exercer sa profession. (Sources : Histoire populaire du Québec, de Jacques Lacoursière, tome tois, pages 192, 208 et 209,+ Site internet de Parc Canada)
Tirez-en vos propres conclusions ! En ce qui me concerne, il y a longtemps que j’en ai tiré les miennes !
C’est de tout cela sans doute, quelques jours avant les fêtes en 2007 de la Confédération, le 27 juin 2007, dans son éditorial, que monsieur Pratte aurait souhaité que nous les Québécois soyons si fiers ! Fiers de cette idendité de dominés, de colonisés, de collaborateurs et de vendus !?
Trop peu pour moi et l’ensemble des Québécois francophones. Nous laissons cela à ceux qui en ont le coeur et l’ambition !
Gaston Boivin, Baie-Comeau
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
