Faites le calcul. Les grands partis auront présenté chacun 125 candidats. Ça fait 375 personnes. Sans compter tous ceux et celles qui ont porté les couleurs des petits partis et qui vont vivre une journée d’enfer aujourd’hui. Ça fait au moins 500 personnes qui n’ont aucune idée de ce que va être leur vie à partir de ce soir. Méchante surprise.
Il y a ceux et celles qui seront élus. Franchement. Avec une vraie majorité. Il risque cependant d’y en avoir plusieurs dont le sort va rester flottant faute d’une situation claire et précise. L’angoisse va s’installer.
Il y a tous les autres dont la défaite va être éclatante et qui vont devoir se fabriquer un sourire pour accepter la décision de la majorité. Parce que, qu’ils le disent ou pas, tous sont convaincus qu’ils vont gagner, même ceux qui ont « prêté leur nom » à un parti pour qu’il y ait des candidats partout. Même ceux-là, tout doucement, au cours de la campagne ont fini par y croire et se dire qu’ils feraient certainement le meilleur député du coin.
C’est à minuit, quand le décompte sera presque terminé, que le retour à l’anonymat deviendra évident. Dans mon seul comté, il y a au moins deux candidats dont je n’ai jamais rien su. Ni qui ils sont, ni d’où ils viennent, ni même s’ils existent véritablement. En regardant leurs pancartes, il m’est arrivé de me demander s’ils n’étaient pas seulement des photos trafiquées par ordinateur. Jamais personne ne m’a téléphoné en leur nom, ni écrit d’ailleurs. Rien. Nada. Ils sont sortis des limbes et y retournent une fois la campagne électorale terminée.
Un gouvernement minoritaire ?
Les citoyens du Québec sont difficiles à suivre. C’est le moins qu’on puisse dire. À les entendre, on finirait par croire qu’ils n’aiment pas les campagnes électorales et encore moins les consultations populaires. L’idée même d’un autre référendum, semble-t-il, leur donne de l’urticaire. Et pourtant...
Comment comprendre alors qu’ils se réjouissent à l’idée d’un gouvernement minoritaire à la suite de l’élection d’aujourd’hui. C’est tout un paradoxe. Il est bien évident qu’un gouvernement minoritaire ne manquerait pas de provoquer une nouvelle campagne électorale à la première occasion.
Le problème, me direz-vous, c’est de viser juste. Les citoyens ont des comptes à régler et ils ne disposent que d’un seul jour pour faire connaître leur opinion à ceux et celles qui les dirigent et qui en mènent large pendant quatre ans, souvent sur leur dos et contre leur volonté.
On se prend alors à envier le deuxième tour des Français. Voter une deuxième fois, à une semaine de distance du premier vote, permettrait certainement à plusieurs, après réflexion, de raffiner leur choix, de se rallier même dans certains cas pour éviter justement de se retrouver avec un gouvernement pratiquement paralysé et incapable de gouverner.
Dans les semaines qui viennent, il est plus que probable que nous allons nous retrouver en pleine campagne électorale fédérale. Stephen Harper marque de l’impatience et il a maintenant hâte de se retrouver avec un gouvernement majoritaire. On peut dire qu’il y a mis le prix et qu’il espère avoir fait un bon investissement qui va lui rapporter gros au Québec. Ce sera à nous de décider.
Si on y pense bien, c’est pas tellement de voter qu’on déteste. Ce qu’il faudrait, c’est abolir les campagnes électorales. Avouez que c’est ça le plus pénible. Parce qu’il faut se les taper les discours, les insultes, les niaiseries, les mensonges, les promesses, les accusations, les dérapages, les chiffres et les fausses colères. On ne nous épargne rien.
Autrement dit, on va voter aussi souvent qu’il le faut mais à condition qu’on nous foute la paix entre les votes. Bonne journée quand même.


