Après les révélations de l’ingénieur Michel Lalonde à la Commission Charbonneau sur le subterfuge des prête-noms utilisés par les firmes d’ingénieurs pour financer les partis politiques sans oublier les enveloppes pleines d’argent comptant (exemple : Lino Zambito qui affirme avoir donné une enveloppe contenant 30,000$ à l’organisateur libéral Pierre Bibeau), on sait que la loi sur le financement des partis politiques n’était pas respectée.
Mais il y a plus grave. Le ministre de l’Education Pierre Duchesne a montré lors de l’Étude des crédits du ministère de l’Enseignement supérieur en commission parlementaire du 7 février 2012 que le conflit étudiant a coûté 90 millions de dollars. Selon le Ministre, les universités ont dépensé environ 13 millions de dollars en salaires supplémentaires pour les chargés de cours.
Pendant cette crise, les universités ont subi 12 millions de pertes pour des cours annulés. Les universités ont dû dépenser 4 millions pour la sécurité et pour couvrir les dépenses liées à cette crise. Au total, 29 millions seulement pour les universités. Pour les cégeps, la grève a coûté un autre 30 millions de dollars en heures supplémentaires.
Il y a eu ensuite les coûts des services de police. On évalue à 30 millions de dollars les coûts liés aux services de police pour gérer cette crise que le gouvernement a provoquée : 20 millions à Montréal ; 6,7 millions pur la Sûreté du Québec ; 1 million à Québec ; 800 000 $ à Longueuil ; 700 000 $ à Gatineau ; 400 000 $ à Sherbrooke. À ces montants, il faut ajouter un autre million de dollars en publicités que le gouvernement libéral a diffusées pour tenter de gagner l’opinion publique alors que les manifestations se multipliaient. Au total la crise a donc coûté 90 millions.
Or, c’est le gouvernement libéral de Jean Charest qui a volontairement provoqué ce conflit avec les étudiants. Pourquoi ? Pour que les 75% de Québécois insatisfaits du gouvernement qui réclamaient une enquête publique sur le monde de la construction oublient la corruption du gouvernement de Jean Charest et continuent à voter libéral pour maintenir l’ordre menacé par les débordements de toutes sortes causés par la loi 78 et le refus de négocier du gouvernement libéral.
Jean Charest a donc poussé le cynisme et le machiavélisme jusqu’à causer un gaspillage de 90 millions de dollars pour assurer sa réélection. 90 millions, c’est beaucoup plus que tout ce que pourra nous apprendre la Commission Charbonneau. Cette description de la motivation principale de Jean Charest est la seule capable d’expliquer l’attitude du gouvernement libéral pendant le conflit étudiant.
Voici trois citations.
« La guerre repose sur le mensonge » ; « L’art de la guerre » Sun Tzu (5è siècle avant notre ère).
« Il faut tenir compte de ces événements dans le choix que nous ferons le 4 septembre prochain. » Discours de Jean Charest à Victoriaville, 11 août 2012.
« Jean Charest a voulu gagner ses élections contre les étudiants. » Vincent Marissal, à l’émission Bazzo, le 7 février 2013.
Comme premier ministre du Québec, Jean Charest était censé défendre le bien commun. Or, pendant tout le conflit, il a manoeuvré avant tout pour créer un climat pourri dont il pourrait tirer un avantage électoral. Il a été en guerre contre les étudiants qu’il a refusé de rencontrer jusqu’à la dernière minute. Or, selon Sun Tzu,« la guerre repose sur le mensonge ». Le mensonge, c’était de laisser croire que le premier ministre voulait le bien commun alors que ce qu’il cherchait c’était sa réélection.
C’est Jean Charest lui-même qu’il l’a dit à Victoriaville aux électeurs : « Il faut tenir compte de ces événements dans le choix que nous ferons le 4 septembre prochain. » C’est clair et c’était sa stratégie. Placer les citoyens devant un choix : les désordres de la rue et des carrés rouges ou la loi et l’ordre soi-disant incarnés par le gouvernement libéral.
C’est bien ce qu’a constaté l’observateur de la scène politique Vincent Marissal qui a dit, chez Bazzo, le 7 février 2013 : « Jean Charest a voulu gagner ses élections contre les étudiants ».
En mars 2011, lors du discours du budget, le gouvernement libéral annonçait officiellement sa décision : à partir de l’automne 2012, les droits de scolarité devaient être haussés de 325 $ par année pendant cinq ans, un total de 1 625 $. Les étudiants ont commencé à s’organiser contre cette hausse brutale. Ils ont commencé à expliquer leur point de vue et à voter des mandats de grève générale illimitée.
Le gouvernement libéral avait perdu son autorité morale. Son refus pendant des années de mettre sur pied une commission d’enquête sur la corruption lui avait fait perdre toute sa crédibilité et limitait sa capacité à lancer des réformes controversées qui divisaient la population.
Après le scandale des garderies et de la carte de crédit de l’ex-député de LaFontaine, après les histoires de soirées de financement et de billets pour Céline Dion de l’ex-députe de Bonaventure, après l’histoire des contrats sans appel d’offres à l’entreprise ABC Rive-Nord de l’ancien député d’Argenteuil, après l’histoire du deuxième salaire versé secrètement pendant des années au premier ministre Jean Charest - 75 000 $ versés par année par le PLQ sans que personne ne le sache pendant au moins 10 ans, le gouvernement libéral sentait venir sa fin.
Il a donc essayé de profiter politiquement de la crise qu’il avait lui-même causée. Cyniquement et machiavéliquement, Jean Charest a projeté de faire une élection sur la crise étudiante. Ce serait plus facile de faire une élection là-dessus que sur le bilan de son gouvernement.
Il fallait préparer les élections le plus rapidement possible. Il fallait provoquer les manifestations. On refusa de rencontrer les leaders étudiants, on multiplia les déclarations incendiaires pour faire monter la pression toujours plus, on a mis en danger la paix sociale au Québec. On se défendait d’instrumentaliser la crise, disait-on, au PLQ, mais, au lieu de calmer le jeu et de s’asseoir avec les étudiants, Jean Charest a fait des farces plates sur les jobs dans le Nord. Christine St-Pierre accusa même un poète comme Fred Pellerin de porter un carré rouge et de faire de l’intimidation.
Le gouvernement libéral lança sciemment de l’huile sur le feu en passant une loi spéciale, une loi inique, inapplicable. Une loi qui a été aussitôt critiquée par le Barreau du Québec, par tous les défenseurs des droits et libertés et même par l’ONU.
Pris dans cette logique infernale et voulue, après avoir tout fait pour ça aille mal, Jean Charest déclencha des élections pour le 4 septembre. Contre toute attente, il faillit gagner son pari obtenant plus d’un million de votes et 50 députés. Mais 90 millions avaient été gaspillés en vain puisqu’il a été battu.
Le bien commun était absent de toute cette opération. Comme il était absent des centaines de millions gaspillés pour tenir ouverte la centrale nucléaire de Gentilly malgré un rapport d’Hydro-Québec qui proposait la fermeture. (« Déjà, pour la seule année fiscale 2011-2012, l’État québécois (par le biais d’Hydro-Québec) a gaspillé 850 millions$ — soit presque autant que les revenus de la taxe santé — pour réparer cette centrale ». Jean-Pierre Martel)
Jean Charest a fait passer pendant neuf ans ses intérêts personnels et électoraux et les intérêts de ses amis (comme ceux du gaz de schiste avec Lucien Bouchard en tête) avant le bien commun du peuple québécois. Il était urgent que le gouvernement change.
Jean Charest aura été le pire premier ministre de l’histoire du Québec. Cela donne une idée de la partisannerie aveugle de ces hommes d’affaires avec à leur tête Paul Desmarais qui sont allés chercher Jean Charest à Ottawa et l’ont persuadé de devenir chef du Parti libéral du Québec en assurant son avenir financier.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 9 février 2013

