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Un certain Jacques Rouillard, responsable du programme en études québécoises de l’Université de Montréal, a écrit un texte dans La Presse du samedi le 29 septembre 2007, intitulé « Du 300e au 400e », sous titré « La présence de la monarchie britannique en 1908, lors du tricentenaire de Québec, n’avait causé aucun problème, au contraire ».
Le même jour, dans les pages du journal Le Soleil, il publie à peu près le même texte, mais il est paginé différemment et il porte le titre « Le 400e de Québec à la lumière de ... 1908 », sans sous-titre.
Son texte de La Presse affiche une photo datant de 1908, ayant comme sujet le cortège du prince de Galles, le futur roi Georges V qui est accompagné, dans une calèche royale, par le gouverneur général Gray. La photo choisie pour le texte au Soleil est une photo prise lors de la visite de la reine en 1964, le fameux samedi de la matraque.
Cet apôtre de la bonne entente qui est prof de l’U de M, titulaire d’un
doctorat de l’Université d’Ottawa, laisse transparaître son alma mater en
ouvrant son texte par un commentaire sur la commémoration du 400e de Québec
qui a donné lieu, selon lui, à tout un chassé-croisé sur la signification
que le comité organisateur devrait donner à la célébration.
Selon sa vision, il y a un côté pour lequel ça doit signifier la nation québécoise ou la francophonie québécoise et de l’autre, elle doit comporter une dimension pancanadienne.
Il poursuit en faisant valoir que fêter Québec, c’est aussi fêter le Canada et les citoyens de toutes origines. Pourquoi ne pas inviter la Reine, en ajoutant une touche multiculturaliste ?
M. Rouillard se fait même le porte-parole du commissaire aux langues officielles sur le rôle des francophones de l’extérieur du Québec et des anglophones du Québec pour cette commémoration.
Après tout, dit-il, le Québec fait partie du Canada et le fédéral contribue substantiellement à la fête.
M. Rouillard en remet en faisant remarquer qu’une commémoration historique ne signifie pas uniquement de rappeler des événements importants du passé, elle est aussi l’occasion de s’arrêter sur leur signification et de transmettre un message.
Elle devient, selon lui, un ingrédient essentiel à la construction et à l’interprétation d’une mémoire collective.
Pour M. Rouillard, la thématique des fêtes du 400e touche une corde sensible qui se résume ainsi : est-ce l’évocation de la naissance de la nation québécoise ou canadienne ?
Abordant la classe politique québécoise de l’époque du 300e de Québec, il dit d’eux qu’ils avaient des valeurs qui tranchaient avec celles que l’on veut mettre de l’avant pour le 400e.
Il cite un historien l’Université de York et de McMasters, H. V. Nelles, dans son analyse du 300e de Québec en omettant de signaler des aspects importants des conclusions de M. Nelles. C’est que cette célébration, qui ressemblait plus à un envahissement et à une occupation militaire - il y avait plusieurs navires de guerre de sa majesté qui étaient alignés sur le fleuve et que 12 000 miliciens et 3000 matelots avaient alors défilé dans les rues de Québec - les miliciens britanniques, avec des fusils munis de baïonnettes, étaient tous bien alignés, de dos à la foule, pour veiller au bon ordre lors du passage du cortège du prince de Galles et du gouverneur général Grey. Ce triste spectacle avait peu à voir avec la fondation de la ville française de Québec. Le message qui avait été transmis c’est que cet événement avait servi à montrer au Canada anglais et au prince de Galles qu’il pouvait être ainsi rassuré sur l’attachement des canadiens français à son empire.
Attachement bien illusoire selon M. Nelles et observez son choix de mots : « parce que le 300e de Québec a tissé l’illusion d’une nation fondée sur un passé plausible. En 1917, la crise de la conscription viendra le rappeler brutalement, les deux peuples sont loin de partager le même niveau d’attachement à la Grande-Bretagne ».
De plus, M. Rouillard brouille un peu les cartes quand il se prononce sur la participation de la SSJB de la ville de Québec et leur implication dans l’organisation des cérémonies du 300e.
Dans son texte paru dans La Presse du 29 septembre 2007, il écrit que c’est la SSJB qui avait convaincu les gouvernements d’une célébration grandiose qui devait revêtir un caractère plus large que celui d’évoquer uniquement l’histoire de Québec ou du Canada français. Elle plaidait pour insérer la fête dans un contexte plus large faisant de Québec le « berceau » du Canada dans son entier, question de bien montrer au Canada anglais que les francophones étaient à l’origine du Canada.
Dans un autre texte de M. Rouillard, celui-ci daté du 3 septembre 2003, paru dans « Recherches sociographiques », il nous donne une autre version de la participation de la SSJB de Québec dans l’organisation des fêtes du 300e. Il retrace le projet initial de célébrer de façon grandiose comme étant un concept émanant de Jean-Baptiste Chouinard, greffier de Québec, qui aurait réussi à convaincre la SSJB de sa ville, en 1906, que la célébration ne devait pas se limiter à évoquer uniquement l’histoire du Québec ou du Canada français. Elle devait plutôt s’insérer dans un contexte plus large, faisant de Québec le berceau du Canada en entier.
La documentation est assez claire pour démontrer que le gouverneur général Grey avait pris certaines libertés et il avait exercé un certain contrôle britannique sur le contenu des festivités du 300e. Ce que rapporte M. Rouillard, sur les présumés conseils de la SSJB, n’a certainement pas eu beaucoup d’impact sur Grey qui a fait de cette commémoration une fête pour l’ensemble du Canada et une manifestation d’amour à l’endroit de la couronne anglaise. On était bien loin d’une célébration des origines françaises de la fondation de Québec.
Les nationalistes, irrités par la cabale impériale de Grey, tentaient de tirer leur épingle du jeu, s’opposaient ou se moquaient. Le journal Le Nationaliste, par exemple, mettait cette phrase dans la bouche de Grey pour résumer les sens de la fête : « Ce sont les canadiens-français qui célèbrent la défaite de leurs ancêtres ». Car, que fêtait-on au juste ? Champlain tel qu’annoncé, ou Montcalm et Wolf, selon la version de Grey ? 1608 ou 1759 ?
Selon M. Rouillard, le 300e de Québec est révélateur de la perception que les canadiens français se faisaient alors de la monarchie et des institutions britanniques.
Pour illustrer son propos, il cite une allocution faite devant le prince de Galles par le Maire de Québec d’alors, Georges Garneau, qui disait que l’Angleterre les a laissés libres de grandir en gardant leur foi, leur langue et leurs institutions et les a dotés d’un régime constitutionnel fondé sur la plus grande somme des libertés qui est, sans contredit, le plus beau et le plus parfait du monde.
Au nom du gouvernement libéral de Lomer Gouin, Adélard Turgeon y aurait été dans la même veine devant le prince de Galles, exprimant la loyauté et le profond attachement des canadiens-français pour la Grande-Bretagne qui a manifesté la plus grande liberalité envers eux.
MM. Garneau et Turgeon ne sont pas tout à fait représentatifs de l’ensemble du Québec français de cette époque. Je crois qu’il faut se replacer un peu dans ce contexte du début du 20e siècle.
La guerre des britanniques contre les Boers pour le contrôle de l’or de l’Afrique-du-Sud avait pris fin en 1902. Cette guerre avait soulevé bien des passions violentes chez les britanniques du Canada anglais qui s’en étaient pris aux canadiens français parce que ceux-ci avaient manifesté clairement leur opposition et leur volonté de ne pas vouloir y participer. J’y reviendrai sous peu.
À l’instar des espagnols qui, quelques années avant, avaient été les premiers à utiliser des camps de concentration pour emprisonner des civils dans leur colonie de Cuba, la couronne britannique – sous la férule de Kitchener - utilisa des camps de concentration en Afrique-du-Sud, emprisonnant 200 000 civils boers. 30 000 de ceux-ci sont morts dans des conditions effroyables.
M. Rouillard devrait être sensibilisé au fait que les canadiens d’origine n’ont vécu que de l’infamie de la part des britanniques avant et suite à la confédération de 1867. Le canadien de service à Ottawa, Georges-Étienne Cartier, a fait des menaces à l’endroit de son peuple, prévoyant sa mort s’il devait tenter de s’opposer à l’ordre et aux ambitions guerrières britanniques. Il fut désavoué par ses anciens associés, certains de la mouvance des Patriotes, ainsi que de nombreux autres canadiens de divers horizons idéologiques.
Ces fameuses libertés contenues dans l’acte de l’Amérique-du-Nord britannique de 1867 ont mené directement à la pendaison de Louis Riel en 1885 et, par la suite, à l’élection d’Honoré-Mercier, un républicain et un indépendantiste québécois, une sorte de précurseur de Maurice Duplessis, du RIN et du PQ.
L’anti monarchisme et le républicanisme des élites canadiennes précèdent l’ère des Patriotes. Ce n’est pas un phénomène qui est apparu soudainement pendant la Révolution tranquille des années 1960. Les événements qui ont mené au samedi de la matraque en 1964 ne sont pas révélateurs d’un changement idéologique quelconque des Québécois qui, selon la formule dépourvue de sens de M. Rouillard, se seraient adonnés dès lors à une lecture pessimiste de notre histoire.
Pour replacer le monarchiste qu’est M. Rouillard devant le contexte contemporain à 1908 en regard de son concept des belles libertés concédées par la couronne britannique aux canadiens, je reviens à la guerre des Boers qui s’était terminée en 1902.
Le premier de mars 1900, la garnison britannique Ladysmith, encerclée pendant trois mois, avait été dégagée. Les anglos de Montréal étaient en liesse.
Une masse d’anglos enragés sont mobilisés par les étudiants de McGill qui, en portant plusieurs exemplaires de l’union jack, se mirent à battre des canadiens français qu’ils rencontraient sur la rue. La bagarre éclate pendant deux jours. Le lendemain, une contre-manifestation est organisée par les étudiants de l’Université Laval dans le quartier latin.
Le premier jour, les anglos hissent le union jack en vandalisant l’Université Laval et en agressant des étudiants. Avant de se pointer à l’université Laval sur St-Denis, ils hissent l’union jack un peu partout et intimident de nombreux journaux francophones en les menaçant de représailles s’ils ne hissent pas l’union jack sur leurs édifices.
Le second jour, le 2 mars 1900, lors d’une contre-manifestation républicaine des étudiants de Laval qui arboraient le drapeau tricolore en entonnant La Marseillaise devant le monument Chénier, ils allèrent piétiner le drapeau britannique à la place Victoria. Des anglos avec des gourdins, des barres de fer, des couteaux et des révolvers les ont agressés plus tard en soirée, blessant plusieurs de ces manifestants de l’Université Laval et les sympathisants non étudiants qui étaient aussi présents.
Pour revenir aux monarchistes britanniques chez les canadiens français, ceux-ci émanaient principalement du clergé, de la bourgeoisie marchande émergente et des professions libérales. Ces groupes étaient intimement liés aux rédactions de journaux et à la classe politique canadienne française qui devait s’afficher comme étant monarchique, ceci étant dicté plus par un instinct de survie que par une appartenance réelle à l’empire.
Ci-dessous, un petit texte, tiré d’un discours d’Honoré-Mercier du mois d’avril 1893.
« Quand je dis que nous ne « devons rien » à l’Angleterre, je parle au point de vue politique, car je suis convaincu, et je mourrai avec cette conviction, que « l’union du Haut et du Bas Canada ainsi que la Confédération » nous ont été imposées dans un but hostile à l’élément « français » et avec l’espérance de le faire disparaître dans un avenir plus ou moins éloigné.
J’ai voulu vous démontrer ce que pouvait être notre patrie. J’ai fait mon possible pour vous « ouvrir » de nouveaux horizons et, en vous les faisant entrevoir, pousser vos cœurs vers la réalisation de nos destinées nationales.
Vous avez la « dépendance coloniale », je vous offre « l’indépendance », vous avez la« gêne et la misère », je vous offre la « fortune et la prospérité », vous n’êtes qu’un « colonie » ignorée du monde entier, je vous offre de devenir un « grand peuple » respecté et reconnu parmi les nations libres.
Hommes, femmes et enfants, à vous de choisir, vous pouvez rester « esclaves » dans l’état de colonie ou devenir « indépendants et libres » au milieu des autres peuples qui de leurs voix toutes-puissantes vous convient au banquet des nations. (cité par Jacques Bergeron) ».
Le 20 octobre 1901, Henri Bourassa prononce un discours dont je vous cite un extrait ci-dessous.
« L’impérialisme anglais est un régime d’accaparement et de domination militaire, né de l’expression exagérée de la puissance anglaise et nourri de cet orgueil stupide, brutal et vantard qu’on nomme jingoïsme. Il s’exprime volontiers par des formules ronflantes : Britannia rules the waves ; Britons shall never be slaves ; Trade follows the flag ; What we have ; we hold ; etc. À ce dernier axiome, le premier ministre de l’Ontario a ajouté : and what we don’t have, we take, et le bon sens public commence à rajouter : When we can. En un mot, le véritable impérialisme anglais, c’est la contribution des colonies aux guerres de l’Angleterre, en hommes et en deniers, en hommes surtout ».
En conclusion, c’est une thèse fallacieuse que de prétendre que les canadiens d’origine étaient tous monarchistes.
Daniel Sénéchal
Montréal
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
En matière de sciences humaines, comprenant l’histoire, j’ai constaté que, depuis plusieurs décades, les universités québécoises manquent singulièrement de rigueur. S’agirait-il d’une extension du programme des commandites, dont le but est non seulement de désinformer systématiquement et d’une manière continue, l’argent aidant, mais aussi de désinstruire, ce qui est beaucoup plus grave ?
La politique est affaire d’intérêts, de rapports de forces et d’effectivité, non de sentimentalité à l’eau de rose ni de ressentiment. Toute politique réelle est froide et dénuée de sentiments, sauf pour la propagande qui s’adresse au peuple.
Les Anglais l’appliquent autant sinon davantage que les autres. S’ils ont été conciliants envers nous, colons et descendants des colons de Nouvelle France, c’est parce qu’ils avaient intérêt à le faire. Malgré leur apprente victoire militaire des plaines d’Abraham, ils n’étaient pas en position de force nulle part au Québec. Pour d’évidentes raisons logistiques et parce que la guerre de l’indépendance américaine s’annonçait dès 1760, sans oublier les vastes mouvements de révolte des Amérindiens qui ne pouvaient tolérer l’intransigeance anglaise.
De notre côté, c’est par intérêt et en tenant compte des rapports de forces que nous leur sommes venus en aide, non seulement contre les Yankees mais par la suite, pour les aider à construire canaux et chemins de fer qui leur ont permis de s’établir à l’ouest du Québec. Comme conséquence, ils ont quitté le Québec et nous sommes maintenant libres de décréter l’État Nation du Québec.
Nous ne leur devons rien.
René Marcel Sauvé, géographe, auteur de Géopolitique et avenir du Québec et, Québec,carrefour des empires.

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