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« Tous les colonisés du monde et de l’histoire se sont fait dire que leur affranchissement les conduirait à la ruine et au marasme social. » - André Langevin, Romancier et dramaturge
             
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LE CHOC DES GÉNÉRATIONS
1968, l’année terrible
samedi 3 mai 2008


Des étudiants lancent des pavés sur les forces de l’ordre le 6 mai 1968 rue Saint-Jacques à Paris, lors de violentes bagarres qui se sont produites dans le Quartier latin. (AFP)

Jean-Simon Gagné - En 1968, le monde entier paraît s’embraser. En l’espace de 12 mois, les grandes capitales du monde sont secouées par des affrontements entre la jeunesse et les autorités. Rome, Tokyo, Paris, Mexico, Chicago, Berlin, Varsovie, on finit par perdre le compte. À l’Est, l’armée soviétique envahit la Tchécoslovaquie. Aux États-Unis, le pasteur Martin Luther King et le sénateur Robert Kennedy sont assassinés. Et la majorité des Américains réalisent que les États-Unis ne gagneront pas la guerre du Viêtnam.

Encore aujourd’hui, c’est le mois de mai 1968 qui symbolise le plus souvent cette folle année. Au point où l’une de ses têtes d’affiche, Daniel Cohn-Bendit, n’en finit plus de s’expliquer. « Mai 68, c’est d’abord une révolte contre l’autoritarisme, expliquait-il en mars dernier, à Montréal. Pas seulement en France, mais aussi à travers le monde. En Pologne, les jeunes manifestaient contre la censure et pour le droit d’écouter du jazz, que le pouvoir considérait comme une musique décadente et impérialiste. L’acquis de mai 68, c’est que toute personne a droit à la liberté et à l’autonomie. »

Après 1968, plus rien ne sera tout à fait pareil

On se demande encore ce que pouvaient avoir en commun les manifestants de Prague et de Washington. De Montréal et de Paris. De Tokyo et de Mexico. Il est vrai qu’un monde séparait les yippies américains et les étudiants communistes du Zengakuren japonais. Les premiers, allergiques aux partis politiques, perturbaient les réunions officielles en y faisant entrer des filles nues portant à bout de bras un immense plateau contenant une tête de porc. Les seconds, presque aussi bien équipés que les forces de l’ordre, participaient à de véritables batailles rangées.

Reste qu’après 1968, plus rien ne sera tout à fait pareil. Ni pour les femmes, ni pour les hommes. Ni pour les Noirs, ni pour les Blancs. Ni en France, ni en Allemagne, ni même au Québec, qui n’est pas épargné.

Aux États-Unis, les cicatrices de 1968 sont encore visibles aujourd’hui. Cette année-là, le Parti démocrate américain se déchirera sur la question de la guerre du Viêtnam. Jamais plus il ne parviendra à rétablir durablement les ponts avec les électeurs plus conservateurs du Sud. C’est la fin de la grande coalition démocrate mise sur pied par Franklyn D. Roosevelt, qui domine la politique américaine depuis les années 30. Et le début de la montée du mouvement conservateur, qui permettra aux Républicains de remporter 7 des 10 élections présidentielles suivantes.

Dans les pays de l’Est, 1968 marque la fin des dernières illusions. En Pologne, pour discréditer la contestation étudiante, le régime communiste lance une honteuse campagne contre les Juifs. En août, l’invasion de la Tchécoslovaquie met fin aux espoirs de ceux qui voulaient développer « un socialisme à visage humain ». « La crise tchécoslovaque a préparé d’autres crises », écrit l’universitaire Jean-Yves Potel dans le livre 68 : une histoire collective (La découverte 2007). « Elle a donné de l’espoir à d’autres opposants dans le bloc soviétique. »

Selon M. Potel, l’espoir surgit d’abord là où l’on s’y attendait le moins, en Russie soviétique : « Dès le 25 août (quelques jours après l’invasion de la Tchécoslovaquie), huit intellectuels (...) réussirent à déployer des banderoles pendant quelques minutes sur la place Rouge, en soutien à la “Tchécoslovaquie libre”, avant d’être arrêtés. Ils le payèrent très cher, certains par des internements en hôpital psychiatrique spécial, mais ils donnèrent naissance au mouvement des droits de l’homme, dont Andreï Sakharov sera plus tard le porte-parole. »

Et le mot de la fin appartient encore à Daniel Cohn-Bendit, pour qui la seule morale possible à cette histoire, c’est « qu’on peut changer le monde, parce qu’il en a bien besoin ».



Source
http://www.cyberpresse.ca/article/20080503/CPSOLEIL/80502205/5221/CPSOLEIL
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