« La première leçon que j’ai tirée du référendum de 1980, c’est que, si on veut réaliser la souveraineté, il faut le dire, sans détour. » Jacques Parizeau

Lionel Groulx - "Histoire du Canada Français", 1969 (extrait)

1760 - Détresse de la colonie

L’histoire de la Nouvelle-France se ferme sur cette image d’immense détresse.

mardi 7 septembre 2010

Renonçons à décrire le spectacle de détresse humaine qu’offre alors la colonie. Heures fatidiques où l’on ne sait par quelles affinités ou quelle logique mystérieuse toutes les misères, tous les malheurs semblent s’appeler l’un l’autre.

(Louis-Joseph, Marquis de Montcalm) Il y a pis que l’écroulement du commerce, par pertes en mer et par suite du blocus anglais ; pis que les dernières nouvelles de France qui annoncent la suspension, par édit du roi, du paiement de la monnaie coloniale ; il y a pis également que les ravages de la famine et des épidémies, pis que l’invasion de l’ennemi. Il y a, dans les âmes, l’invasion et les ravages du découragement. Lors de la levée du siège de Québec, après Sainte-Foy, les forces françaises et canadiennes se réduisaient déjà à 3 ou 4,000 réguliers et miliciens. Ces débris d’armée manquent de fusils et de baionnettes, n’ont de poudre que pour un combat, et point d’autres canons que les pièces de campagne prises à l’ennemi, dans la récente bataille. Dès l’évacuation du fort Duquesne, et surtout après la reddition de Québec, les sauvages des Pays d’en haut ont levé le pied, déjà ébranlés, du reste, par l’incapacité des Français à leur fournir leurs besoins en marchandises.

Le 2 septembre 1760 les sauvages domiciliés consomment l’abandon. Pis encore : Lévis, Bourlamaque, Bougainville voient fondre, impuissants, leurs petits bataillons. Le fléau de la désertion et de la mutinerie sévit parmi les miliciens et les troupes. Troupiers de France, grenadiers eux-mêmes quittent les rangs. L’indiscipline devient générale, irrépressible. On déserte, on fuit, parce qu’on n’en peut plus de misère, de maladie ; parce qu’on est nu-pieds, même les officiers ; parce qu’on est sans armes ; parce qu’on n’a pas de quoi manger. On fuit parce qu’on est las de courir d’une frontière à l’autre, las d’une guerre sans issue ; parce qu’on se croit abandonné de la France ; parce que l’esprit de défaitisme a envahi tout le monde, sans excepter la plupart des chefs. On cède à la panique. Des images d’épouvante rapportées de la capitale et de ses environs, par les miliciens et troupiers de retour du siège de Québec, affolent les imaginations : fantômes de mendiants, de femmes, d’enfants déguenillés et mourants de faim, errant sur les routes, dans la côte de Beaupré, sur 1’lle-d’Orléans, dans les trente-six lieues de la rive sud brûlées, ravagées par l’Anglais.

Murray, impatient d’arriver le premier à Montréal, pour ravir à Amherst l’honneur de la reddition, menace, comme Wolfe, de brûler logis et dépendances des habitants absents de chez eux. Le 22 août, le bas de la paroisse de Sorel a flambé. Le dernier jour d’août l’Ile-aux-Noix a été évacuée. Parmi les miliciens c’est le signal de l’ultime débandade.

Le 6 septembre 1760 Amherst campe à un quart de lieue de Montréal ; Murray a atteint la Longue-Pointe. A ce moment, aux vingt et quelque mille hommes de l’ennemi, muni d’une puissante artillerie, l’armée de Lévis ne peut opposer qu’une troupe dérisoire de 2,000 combattants épuisés et découragés. Et ces 2,000 n’ont de munitions que pour une affaire de mousqueterie, des vivres pour quinze à vingt jours, cependant que le moral du dernier réduit de la colonie vaut encore moins.

Envahi par des bandes de fugitifs, Montréal vit des heures d’intense surexcitation. Les habitants de la ville ont refusé de prendre les armes. Dans cette atmosphère d’énervement, Vaudreuil, assailli comme Ramezay par une foule suppliante, n’a plus qu’une chose à faire : négocier la capitulation. Cette fois, c’est bien la fin. Troja fuit. Une petite armée en loques stationnée dans les faubourgs et le long des murailles attendait les honneurs militaires. Le vainqueur les lui a refusés.

L’histoire de la Nouvelle-France se ferme sur cette image d’immense détresse.

Lionel Groulx
Histoire du Canada Français
Fides, 1969, p. 353

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13 septembre 1759 - la Conquête

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