401 ans de l’Histoire d’un peuple distinct du peuple de France dont il a été partie un temps.
Qui sait ce qui serait arrivé si les Armées du Roi de France « n’avaient pas perdu la Bataille des Plaines d’Abraham » comme nous invite à nous poser la question André Pratte dans le « Blog de l’édito » de La Presse du 2009 01 23 ? Qui sait en effet ?
M. Pratte dans sa grande sagesse qui bien sûr est tout sauf comme celle des « politiques » « qui veulent tout simplement imposer leur vision de l’histoire. » répond à cette question par une question d’histoire qui ne lui appartient pas davantage puisque selon ses dires elle appartiendrait « au peuple ».
« Qui sait si ce n’est pas le sort de la Louisiane qui l’attendait ? Ou celui de la Guadeloupe ? »
Pourquoi pas le destin des États-Unis ?
Il n’est pas question d’imposer sa « vision de l’histoire » en disant que la Conquête britannique nous a sauvés du sort qu’une méchante France a réservé à la Louisiane et à la Guadeloupe… La Première a été vendue par Napoléon aux Anglais et la dernière n’est qu’un département de la France sous-développé, à peine plus grande que l’Île de Montréal… Qui voudrait avoir été vendu ou vivre en Guadeloupe à part l’hiver ?
Pour le savoir ce qui serait advenu de la Nouvelle-France si la Conquête n’avait pas eu lieu, il aurait fallu que cela survienne. Pour que cela survienne, il aurait fallu que ce qui n’est pas arrivé arrive. Je parle des renforts français, suite à la Bataille dite de Sainte-Foy gagnée par le Chevalier de Lévis le 28 avril 1760, qui a permis aux Français de la Nouvelle-France d’assiéger Québec où s’étaient retranchées les troupes britanniques vaincues. Ce sont plutôt des renforts britanniques qui sont arrivés au printemps qui a suivi. Lévis s’est retranché à Montréal et les Britanniques ont achevé la Conquête commencée en Acadie en 1755 par le massacre et la déportation des Acadiens.
Pour que la France ne perde pas la Bataille il aurait fallu qu’elle n’abandonne pas la Nouvelle-France à ses « quelques arpents de neige ». Pour parler de « SI », il aurait donc fallu que ne l’abandonnant pas, la lignée des Rois de France à laquelle a appartenu Louis XV favorise, comme l’ont fait les Britanniques en Nouvelle-Angleterre, l’immigration française bien avant la Conquête. À l’époque nous n’étions que ± 90 000 contre près d’un million de Britanniques en Amérique. « Si » les armées du Roi de France n’avaient pas perdu la Bataille c’est qu’il aurait fallu, de un, une population au moins cinq fois plus nombreuse et de deux, une armée à l’avenant. Ainsi, la Nouvelle-France aurait pu survivre. Si cela était advenu, l’Amérique serait française jusqu’en Louisiane. Il n’y aurait pas eu de déportation des Acadiens et on peut parier que les Britanniques n’auraient pas pu se développer comme ils l’ont fait aux États-Unis, coincés qu’ils auraient été en Nouvelle-Angleterre, entourée au nord et à l’ouest par une Grande Nouvelle-France peuplée en conséquence, et au Sud par une Floride espagnole qui possédait aussi le Texas.
« Si » la Conquête n’avait pas eu lieu, nous serions devenus, en 1789, 30 ans après ladite Conquête, partie d’une France Révolutionnaire, sans Souverain. La même France pré-révolutionnaire qui avec La Fayette a participé à la libération des États-Unis du joug Anglais de 1775 à 1783. Sauf que, ces États-Unis-là, entourés par autant de présence française au nord et à l’ouest de la Nouvelle-Angleterre, n’auraient plus eu l’opportunité de s’étendre à l’Ouest. Les loyalistes n’auraient pas pu émigrer en Nouvelle-France qui ne serait pas devenue britannique. Ainsi la Nouvelle-France aurait pu à l’instar des États-Unis, obtenir son indépendance dans le même temps, devenant le Québec s’étendant sur toute l’Amérique du Nord, sauf la Nouvelle-Angleterre, États-Unis devenus et sauf la Floride et le Texas. Des populations états-uniennes auraient malgré tout pu migrer en Nouvelle-France devenue Québec, mais elles auraient dû vivre en français et s’assimiler à l’Amérique française.
On est loin du sort de la Louisiane actuelle. Quand on veut refaire l’histoire, il faut la vraiment refaire, pas seulement conserver comme constantes ce qui a permis de la faire comme elle s’est faite sans rien changer sauf le résultat d’une Bataille…
Voilà ce qui aurait pu survenir « Si » les Britanniques n’avaient pas pu Conquérir la Nouvelle-France. Avec des « Si » on peut mettre Paris en bouteille et certainement faire autre chose que justifier le fait que les Britanniques nous ont « libérés ». Comme si, sans les Britanniques nous n’aurions pas parfaitement pu vivre et nous développer aussi bien, avec une tout aussi belle architecture, et sinon mieux que nous ne le sommes. Comme si nous n’aurions pu nous affranchir d’un supposé Régime français corrompu qui du reste s’est écroulé à peine 30 ans plus tard.
Or la défaite des Plaines d’Abraham est la pièce charnière de notre histoire. Dans la bombarde, le meurtre, les viols, et le sang versé du peuple et des populations de la Côte-Sud, de Montmagny à Saint-Nicolas, dans l’incendie des fermes et des villages, nous sommes nés distincts du peuple de France dans le sang versé de l’amère patrie mettant bas dans le champ ensanglanté d’une ville incendiée et en ruine au moment même où les Armées vaincues du Roi de France mettaient bas les armes. Nous sommes nés de la pénétration des fortifications du Roi de France par les Armées de l’envahisseur britannique.
Cette maculée conception née du viol de nos enceintes ne fait pas du Conquérant notre géniteur. Ne lui en déplaise. Il n’est que notre tuteur qui a par la suite reçu en cadeau ce peuple en même temps que le territoire objet de Cession signée par le Roi de France dans le Traité de Paris le 28 avril 1763. Ce Louis XV et sa cour, qui nous ont abandonnés à la tutelle d’un Empire Conquérant. Celui-là, en Tuteur abuseur, nous a voué, peuple supposé « sans histoire et sans culture » à la morsure de l’assimilation à une « civilisation » supposée hautement supérieure... Le genre de civilisation hautement sophistiquée qui ne s’embarrasse pas de diversité culturelle... et qui tente aujourd’hui de nous noyer dans son délire multiculturel. Vive l’assimilation... Vive Lord Durham !
Comme si un peuple pouvait être objet de Cession !
C’est pourtant ce que l’on nous dit de la bouche de la fine fleur de cette canadienne et salvatrice héritière de la civilisation britannique si évoluée, cette si cultivée et admirable fleur canadianisatrice qu’est et que cultive John Saul. Prince consort à tiers-temps par Gouverneure générale et Vice-Reine interposée.
Or cette population, ce peuple, contre le projet assimilateur de cette supposée civilisation supérieure, a su lui cultiver son « dur désir de durer » ( Paul Éluard ). Cela remonte à la Conquête même, c’est ce jour-là même de la défaite des Armées du Roi de France sur les Plaines d’Abraham, notre terre promise à nous les gueux d’un Royaume déliquescent, que s’est en quelque sorte constitué un peuple du Québec distinct du peuple de France. Un peuple désormais sans Souverain, 30 ans avant la Révolution française, puisque celui de Nouvelle-France, le nôtre, nous qui étions partie du peuple de France, avait abdiqué. Louis XV a de fait abdiqué son devoir premier qui consiste à protéger son peuple contre l’envahisseur. Ce jour du 13 septembre 1759 est le point culminant d’un abandon, d’une mort annoncée depuis longtemps. Ce qui fait du peuple de Nouvelle-France, peuple souverain du Québec devenu, devenir ce jour-là, un peuple à part entière.
Et l’on en profite pour dire que cette France là, était tout sauf de bonne tenue et gouverne. Comme s’il avait fallu qu’on nous en libère. Comme si cela même n’était encore pas un prolongement de la xénophobie qui nourrissait cette guerre re-constituée.
L’histoire de ce peuple a fait mentir la logique civilisatrice de l’Histoire des envahisseurs, contre la force triomphante d’un monarchique Empire de droit divin Conquérant. Un Empire concurrent de celui de notre amère patrie, la France. C’est l’histoire inédite d’un peuple se trouvant vainc en l’espace-temps en vain raccourci de vingt courtes minutes de fureur et de sang, dépourvu de Souverain et donc peuple souverain devenu. Il lui aura fallu 250 ans pour en prendre la mesure, tout ébaubi et déconfit qu’il a été. Il est peuple sans Souverain et donc peuple souverain devenu à cet instant même et pour toujours, parce que jamais ce peuple n’a consenti à reconnaitre les Souverains et Souveraines britanniques comme étant les personnelles incarnations de sa souveraineté de peuple distinct de tout autre. Nous sommes par conséquent devenus ce jour-là un peuple souverain distinct du peuple de France et de tout autre. Nous sommes devenus le peuple démocratique et souverain du Québec. Ce que nous sommes.
Ce qui nous fera fêter et célébrer le 13 septembre 2009 le 250e anniversaire de naissance du peuple souverain du Québec, NOUS, le peuple démocratique et souverain du Québec, un peuple démocratique donc souverain, vivant dans un État du Canada invalide et illégitime parce qu’il n’a jamais, de l’Occupation militaire britannique de 1759 à la Constitution unilatérale de 1982, nommément soumis l’Acte qui le fonde, le constitue et le gouverne à la démocratique, « claire » et directe approbation du peuple souverain du Québec. Cet État du Canada actuel n’est que le digne et cristallisé avatar d’un Empire monarchique de droit divin qui ne s’embarrasse pas de consulter le peuple et d’obtenir son approbation alors qu’il exige que ce soit le cas si l’État souverain du Québec est fondé.
Voilà ce que commémore le 13 septembre 1759 cette année 2009. On « CÉLÈBRE » le 250e anniversaire de naissance du peuple démocratique et souverain du Québec. On déplore la défaite des Armées du Roi de France devant le Souverain britannique qui nous a voués à l’assimilation et qui n’a jamais nommément soumis à l’approbation du peuple les États qui se sont succédé depuis la Conquête à la gouverne du peuple souverain du Québec. Le Canada actuel n’émane pas du peuple, il est imposé de force et d’autorité, il n’a pas fait la rupture d’avec un Empire Conquérant imposant sa Loi d’autorité et de force.
Un jour nous pourrons vivre dans un État qui émane du peuple démocratique et souverain du Québec. Dans cette attente, toutes les invites au pardon, à la réconciliation sont unilatérales et fallacieuses. Il ne saurait y avoir de conciliation, de ré-conciliation sans la reconnaissance de l’exaction. Pour l’heure, ce que l’on entend, c’est que la Conquête n’a pas été, qu’il n’est question que de Cession. Comme si un peuple pouvait être la propriété d’un Souverain qui le cède, de gré à gré, devenant la propriété d’un autre Souverain. Comme si nous n’étions que la propriété d’un État qui peut se passer de se soumettre à la démocratique volonté du peuple souverain qui d’évidence le rejette tel que Constitué par lui seul d’en haut et d’autorité.
Une ré-conciliation ne peut advenir dans la négation même du tort fait. Celui qui nous impose encore aujourd’hui la même contrainte qu’hier et que jadis. Celle qui fait de ce peuple un peuple orphelin et sans État capable de se valider auprès de lui. L’État de Conquête n’a jamais été approuvé par ce peuple souverain du Québec. L’État du Canada qui lui succède de même lignée impériale, validé par quelques juges de Cour, fut-elle Suprême, est aussi unilatéralement imposé d’autorité. Ce n’est pas du passé, c’est le même espace-temps immobile du statu quo de blocage. Celui qui est refusé par la majorité pourtant pacifiste, pacifiée d’un peuple souverain et démocratique. NOUS, le peuple souverain du Québec, nous sommes en quête d’état de fait et de vie réconciliés, en quête d’un État valide, nous demandant, à NOUS, le peuple, notre avis sur la Constitution d’un État qui émane du peuple que nous sommes.
Cet État sera bel et bien l’État souverain du peuple démocratique et souverain du Québec. Ré-concilié avec son voisin dès lors qu’il renoncera à l’abus d’autorité qui le caractérise, dès lors qu’il renoncera à la tutelle qu’il impose.
Pour l’heure nous n’avons rien d’autre à re-constituer que ce qui nous a fait naître, peuple souverain, distinct du peuple de France, peuple souverain du Québec. Ce que nous sommes. NOUS, le peuple, nous sommes un peuple, nous sommes le peuple souverain du Québec.
Vous en voulez des re-constitution, en voilà une !
Je n’ai rien contre les autres, pour peu que celle-là soit de la « commémoration » annoncée.
L’est-elle ? Et l’est-elle complètement ! C’est bien beau les nobles mousquets à poudre, la beauté des rangées costumées et poudrées de bataille, mais qu’en est-il des dommages faits au peuple, à ses maisons, fermes, récoltes incendiées, ses femmes violées, va-ton aussi re-constituer, commémorer cela aussi ! ? Que de « collatérales » anecdotes de la petite histoire d’un petit peuple dont on célèbre en grand la grandeur et la beauté de la superbe impériale qui le fait être toujours sans État, orphelin d’État, pupille d’un État tuteur qui s’impose toujours par la menace et le chantage de représailles économiques, politiques et commanditaires ?
1759 - Un soldat qui a participé à ces opérations de terreur n’est pas peu fier de noter dans son journal :
« Nous avons brûlé et détruit jusqu’à quatorze cents belles fermes, car, pendant le siège, nous étions les maîtres de leur pays, le long de la rive, et nous envoyions presque continuellement des groupes pour ravager la campagne, si bien que cela leur prendra un demi-siècle pour réparer les dégâts. »
Nous prenons Acte !
Nous nous re-constituons à chaque jour depuis 250 ans. Un jour nous nous constituerons un État qui émane de nous dans les Actes mêmes d’un État que nous validerons. Ce sera dans un État du Québec tel que nous le connaissons dans son territoire. Tel que l’Histoire l’a fait, en prenant Acte du fait que nous étions partie d’un peuple de Conquérant, prenant possession des 3/4 de l’Amérique du Nord. Nous prenons Acte des Actes des Conquérants concurrents qui nous ont Conquis en conquérant notre amère patrie. Nous savons maintenant ce que c’est qu’être des Conquérants conquis, à demeure. Ce que ne savent pas les peuples Conquérants qui même un temps Conquis sont toujours parvenus à rétablir leur liberté souveraine. La France mainte fois conquise, toujours libérée. L’Angleterre jamais conquise depuis les Romains. La Pologne, le Kosovo, l’Algérie, toujours libres. Cela nous fait peuple démocratique et pacifiste. Attaché à une libération démocratique et pacifiste sur son territoire propre, jamais plus Conquérant. Jamais plus avide de Conquête autres qu’artistiques, culturelles, scientifiques ou technologiques. Le Canada ne nous appartient pas, contrairement à ce qu’ont voulu nous faire croire les Trudeau et autres tenants d’un « french power » de pacotille, réitérant dans un présent mirage l’illusion d’un passé de Conquérant révolu. C’est le long feu d’une histoire de Conquête revanche sans issue.
Nous ne voulons que vivre, Nous, le peuple souverain et pacifiste du Québec, durablement sur notre terre à nous, celle qui s’est abreuvée de notre sang. Celle que nous avons cultivée de sueur, dans le chant de ce que nous sommes. Celle qui est nôtre depuis 400 ans maintenant dans le Québec d’aujourd’hui, en le partageant avec les Premières nations, nos frères et soeurs ami(e)s, comme nous Conquérants conquis, et avec toutes les bienvenues venues de partout dans le monde et qui acceptent d’être partie de nous, le peuple souverain du Québec.
______________________________
« Blog de l’édito » de La Presse du 2009 01 23
Rendez-vous en grand nombre faire parler le peuple, c’est lui qui est et qui fait l’histoire d’après M. Pratte... et non nous, les humbles ou orgueilleux politiques qui tentent de la détourner... Ce pourquoi « elle appartient au peuple » ! Ben voyons !
Nous sommes le peuple ! Nous sommes le peuple souverain du Québec !
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

