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Avec quel manque de subtilité, quelle absence de retenue et quel royal mépris, le Canada est-il en voie de nous subtiliser notre fête. C’est d’autant plus facile qu’à Québec et au Québec, on est affligé de dirigeants particulièrement complices. S’ils ne le sont pas, complices, ils souffrent de jovialisme aigu, c’est le moins qu’on puisse dire. L’histoire est en train de se répéter et il y aura encore cette année, un détournement de fête comme en 1908.
Ce Canada qui veut s’emparer de notre certificat de naissance pour usurper notre identité est né en 1867. Présentement, on cherche pratiquement à faire de Champlain un père de la Confédération. Il me semble que ça commence à faire.
Le mot Canada existe depuis bien plus longtemps, depuis Jacques Cartier en fait. Mais le terme de cette époque n’a rien à voir avec cette construction hétéroclite de 1867 qui a eu pour résultat de nous minoriser à jamais. Sous le régime français, on désigne par Canada la vallée du Saint-Laurent essentiellement. Après l’accident de 1760, les habitants de la « Province of Quebec » continuent de se désigner sous le vocable Canadien. Puis en 1791, le conquérant crée le Haut et le Bas-Canada. C’est le début de la migration du mot Canada vers l’ouest, le Haut-Canada étant dans les faits, l’Ontario. Ensuite, ce fut l’Acte d’Union avec comme but avoué de nous assimiler selon la recette de Lord Durham. C’est par la suite que les Canadiens du Canada-Est (Québec) ont commencé à se désigner comme Canadiens-français pour se distinguer de ceux qui commençaient à s’autoproclamer « Canadian ». On assiste dès lors à un début de dépossession d’identité. En fait, on nous vole notre nom. Il faut vraiment être culotté pour vouloir s’approprier la fête d’une réalité que l’on a tant cherché à raturer par le passé.
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Mais la dépossession va se continuer dans les symboles. Il y avait des feuilles d’érable sur une des bannières patriotes. Il y en a aussi sur les armoiries du Québec. L’érable est essentiellement un arbre québécois, à preuve les statistiques sucrières. Il est maintenant devenu un symbole « canadian from coast to coast ». Le Québec s’est rabattu depuis sur le merisier communément appelé le bouleau jaune... à l’image de notre rire probablement. Pendant toute l’histoire de la Nouvelle-France, notre Canada à nous, le castor a été l’essentiel de notre économie. Il s’agissait d’une spécialité de nos amis Algonkiens. Le castor, lui aussi, est devenu un symbole pan-canadien. Nous, on s’est rabattu sur le harfang des neiges, un bel oiseau certes mais qui nous ressemble un peu trop dans le sens qu’il est plutôt en danger pour sa survie.
Voilà maintenant qu’on nous subtilise notre anniversaire fondateur. Des emblèmes et des symboles, on peut s’en trouver d’autres n’importe quand. Ce n’est pas ça qui manque. Mais un anniversaire, c’est bien difficile d’en trouver un autre. Non, M. Charest, le Québec n’a surtout pas fondé le Canada actuel. Madame la gouverneure vient peut-être du Québec mais quand elle parle au nom d’un vestige suranné de l’Empire britannique et vient se faire une rapace de notre fête, elle sert bien mal ce Québec, tout comme son premier ministre trop fier de jouer les seconds violons dans ce navrant épisode.
Ce Canada que vous voulez nous enfoncer dans la gorge s’est construit sur la ruine du premier Canada fondé en 1608 et dépossédé par la défaite de 1760. Le dire, ce n’est pas être revanchard, M. Couillard, c’est simplement constater qu’on nage ici dans une ambiguïté entretenue où l’on fait dire à l’histoire n’importe quoi. Le dire c’est aussi attirer l’attention sur le fait que cette relation que l’on dit si harmonieuse repose sur de bien curieuses bases, même si une certaine école historique chez nous prétend que notre défaite aurait été providentielle en nous inculquant le « british way of doing politics », cette même école qui cherche à travestir des tentatives d’assimilation et des rebuffades répétées en oeuvre de civilisation. En nous volant notre fête, c’est toute notre identité qu’on nous vole. La réécriture de notre histoire est bel et bien commencée.
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En attendant, on doit assister au spectacle humiliant de voir la représentante de la reine d’Angleterre, notre petite monarque patentée, damer le pion à notre premier ministre pour le lancement officiel des festivités qui soulignent les débuts de l’aventure française au Québec. Le pire, c’est qu’il en est fier. Difficile d’être plus colonisé. Un colonisé, on appelle ça un colon. On mérite vraiment mieux.
On doit aussi accepter placidement que le fédéral fasse main basse sur notre fête avec une partie de notre argent. Quand cesserons-nous de nous comporter en guidounes et de racoler les fonds fédéraux pour ce genre de célébration ? On n’est jamais si bien fêté que par soi-même.
Nous sommes condamnés à l’ambiguïté. Voilà la partie la plus visible de la facture à payer pour s’être dit non deux fois en 15 ans.
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Votre conclusion, M. Ouimet : "...Voilà la partie la plus visible de la facture à payer pour s’être dit non deux fois en 15 ans."
Conclusion qui aurait pu être votre intro parce qu’en 1995, les Québécois se sont en fait dit oui, timidement, mais avaient compris que le rouleau compresseur devait s’arrêter. En trop petit nombre les Québécois autorisaient Parizeau à mettre une barrière, bien pacifiquement. Les Québécois n’ont jamais gardé rancune au conquérant de ses ruses d’assimilateur depuis la pitié de Durham qui nous avait trouvé mal en point, pauvres sur nos terres de roches, non éduqués, ensorcellés par l’Église. Placides, les paysans n’imaginent pas que d’autres puissent trafiquer dans leur dos pour tricher dans les règles d’un référendum démocratique, venir en masse nous faire la cour, accélérer l’immigration non intégrée et tout. Les ruses qui nous ont faiT mentir sur nos intentions ont été Le début de la débâcle haineuse contre notre peuple depuis 1995. Maintenant la cataracte semble irréversible parce que le mensonge nous inonde. Mais si nous pouvions nous redire que nous n’avons pas réellement dit non, le courage pourrait revenir... et nous redire plus fort OUI !

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