L’opinion de Bernard Landry #37

Accommodements déraisonnables

Le Québec est ainsi : il respecte tout autant les religions, qu’il combat la moindre discrimination sexuelle.

www.lasemaine.ca
lundi 19 octobre 2009

Le Québec est tellement accommodant que pendant des années il le fut trop. Nous avons attendu jusqu’en 1977 pour exiger que les enfants des immigrants aillent aux mêmes écoles que les nôtres. Nous tolérons encore que la moitié d’entre eux fréquente les collèges anglophones. Qu’on me nomme un pays où un immigrant peut choisir de fréquenter un collège public dans une autre langue que la langue nationale. Ni les États-Unis, ni la France, ni la Grande Bretagne, qui ne sont pourtant pas des états voyous, ni aucun pays sérieux ne pourrait tolérer une telle absurdité.

Quand Bouchard et Taylor ont choisi comme titre de leur rapport "Le temps de la conciliation", ces deux intellectuels, dont les travaux ne sont pas totalement sans mérite, ont été littéralement insultants par rapport à nos traditions d’ouverture fraternelle. Comme si nous avions attendu leur rapport pour devenir conciliants ! Si nous avons erré dans le passé ce serait de l’avoir été trop.

Un projet de loi de notre Assemblée nationale sur la diversité culturelle remet la question dans l’actualité. Il est dénoncé par le Conseil du statut de la femme, de nombreux spécialistes, et beaucoup de gens de tous les horizons. Ils craignent, à bon droit, que cette loi nous oriente vers des accommodements déraisonnables sous l’influence, en particulier, de cet absurde multiculturalisme que le Canada, seul pays à commettre une telle erreur, a inscrit dans sa constitution. Contre la volonté du Québec, faut-il le redire.

Le Québec est multi-ethnique depuis toujours. Ce qui l’a bien servi et est tout à son honneur. Mais notre nation n’est pas multiculturelle. Le Québec doit pratiquer la convergence culturelle qui consiste à consolider et enrichir par l’intégration des immigrants ce tronc commun qu’est notre culture nationale. Les hommes et les femmes qui ont choisi de changer de pays pour rejoindre le nôtre doivent accepter d’en changer réellement et ont le devoir de respecter nos valeurs communes.

Notre gouvernement doit être prudent et éviter les dérives. Les principaux accommodements doivent venir des citoyens de toutes origines et croyances qui réclament qu’on les accommode. Nous avons des devoir, ils en ont aussi.

La Cour suprême du Canada a tendance à déraper à cet égard et "leurs honneurs" ont parfois rendu des jugements qui ne les honorent pas. Ils ont avalisé le port du turban par des Sikhs en "uniformes de la GRC". Ils ont cassé un jugement de notre Cour d’appel interdisant le port du kirpan à l’école alors qu’il n’est pas toléré dans les Cours de justice !

Et voilà qu’une instance québécoise au passé respectable, la Commission des droits de la personne, s’aventure sur les mêmes sentiers dangereux, voire irresponsables. Cette instance approuve que, pour des raisons religieuses, un homme puisse refuser qu’une femme lui fasse passer un examen de permis de conduire. De la même manière, une femme d’une autre religion a le droit de refuser de le passer devant un homme. Cela n’est acceptable ni en pratique, ni en principe : "La religion des uns ne doit pas devenir la loi des autres".

La liberté de religion est une valeur sacrée dans une société avancée comme la nôtre et il est déplorable que cela ne soit pas le cas sur toute la planète. Il s’y produit encore de nombreuses persécutions de chrétiens et aussi d’autres croyants. Cette liberté fondalementale que nous pratiquons ici ne doit pas limiter au moindre degré d’autres valeurs comme l’égalité entre les hommes et les femmes.

En pratique il n’est pas acceptable que la Société d’assurance automobile ou la Régie de l’assurance maladie modifient l’organisation du travail de leurs employés en raison de leur sexe. De tels accommodements sont déraisonnables. Au plan des principes c’est encore pire. Des fonctionnaires publics se font complices malgré eux de discrimination sexiste qu’aucune exigences religieuses ne peuvent justifier. Agir ainsi fait injure en particulier aux longs et difficiles combats qui ont rendu le Québec exemplaire en matière d’égalité des sexes.

Si pour des raisons religieuses sincères certains de nos compatriotes ne peuvent absolument pas accepter la personne responsable d’un examen obligatoire, ils doivent avoir le courage de leurs convictions et renoncer à conduire. Cela serait moins grave que les cruelles souffrances endurées par tant de gens au cours de l’histoire, et encore aujourd’hui, en raison de leurs principes religieux. Le Québec est ainsi : il respecte tout autant les religions, qu’il combat la moindre discrimination sexuelle.

Bernard Landry

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