Corruption

samedi 20 novembre 2010

Rappel sémantique. Corruption : action de corrompre quelqu’un en le soudoyant pour qu’il agisse contre son devoir. Devoir : ce à quoi on est obligé par la loi, la morale. Ajoutons que la corruption, elle, peut être active ou passive, selon que l’on est le corrupteur ou la personne corrompue.

Les événements actuels qui s’empilent jour après jour à la suite des révélations de gens qui soudain font leur devoir de gré ou de force créent un climat si délétère qu’il contamine les esprits, même les plus rationnels. Entre la pétition pour obtenir la tête du premier ministre, les demandes de l’opposition de mettre en tutelle la Ville de Laval, les accusations de corruption qu’il faudra bien prouver devant les tribunaux, les rumeurs urbaines, les délations, les commentaires empreints de cynisme dans tous les médias, comment départager les choses ?

Ainsi donc, non seulement le magazine Maclean’s tant décrié aurait eu raison, mais ses textes apparaissent aujourd’hui modérés en référence aux nouvelles allégations. Ne fallait-il pas plutôt écrire que le Québec se classe parmi les sociétés occidentales les plus corrompues et, en ce sens, se compare davantage aux pays africains ou à l’Italie de Berlusconi qu’aux démocraties « normales » ? À entendre les hurlements de l’extrême gauche populiste, qui rêve du grand soir où Jean Charest sera expulsé par des foules en délire, l’on se demande si un sursaut démocratique va apparaître.

Dans notre système, un premier ministre qui n’a pas violé la loi et les règles de sa fonction démissionne s’il y consent ou bien quitte le pouvoir si son parti est renversé après une élection. En démocratie, la patience est donc de mise et les institutions ne sautent pas tel un bouchon de liège selon l’humeur de l’opinion publique, aussi massacrante soit-elle.

Il en va de même de la mise en tutelle des villes. La chef de l’opposition péquiste sait très bien qu’on ne dispose pas d’une autorité municipale à la première allégation de malversations. La tutelle exige des accusations plus probantes. Ce qui, dans le cas de Laval, ne saurait sans doute pas tarder. Le climat hystérique qui règne à l’Assemblée nationale des deux côtés de la Chambre dénote une absence de prudence et de dignité élémentaires. On ne joue pas avec les institutions politiques sans risque de conséquences graves pour le bien commun.

La chef du PQ, grisée par l’insatisfaction populaire à l’endroit du gouvernement, propose maintenant un vote de censure contre le parti au pouvoir à moins que d’ici mercredi prochain le premier ministre, cédant enfin à la pression de la majorité des Québécois, consente à créer une commission d’enquête. Ces manoeuvres seront sans effet, car le gouvernement majoritaire renversera la motion et l’on doute fort que Jean Charest accepte de changer son fusil d’épaule. Il semble bien que son impopularité quasi générale ne l’impressionne guère, convaincu qu’il est du danger politique que représenterait une pareille commission. Il semble déterminé à perdre les prochaines élections plutôt que de vivre les affres d’un quasi-tribunal où son parti d’abord, mais bien d’autres institutions aussi, subirait les assauts de témoins plus ou moins crédibles prêts à éclabousser les uns et les autres pour se disculper.

Est-ce pour protéger le Parti libéral et ses partisans ou pour mettre le Québec en entier à l’abri d’un déshabillage en règle que le premier ministre résiste avec tant d’acharnement ? Avouons que l’on a rarement vu un politicien aussi décrié par l’opinion publique prendre de front l’écrasante majorité de ses concitoyens. Faudra-t-il, au-delà de l’entêtement, disserter sur le mystère Charest, un homme seul contre tous ?

La commission d’enquête apparaît désormais comme un deus ex machina. Pourtant, l’histoire de ces commissions — on a la mémoire courte — ne semble pas glorieuse. Peu de mises en accusation, beaucoup de conclusions en queue de poisson et le tout au prix de centaines de millions de dollars en fonds publics. Dans le cas qui nous occupe, combien d’années faudra-t-il pour faire la lumière sur la situation générale ?

La corruption, qui a toujours existé au Québec comme ailleurs, précisons-le, s’est propagée depuis plusieurs années dans la construction, les travaux publics, le financement des partis politiques à cause d’un engourdissement de la morale personnelle et publique, de la force des groupes mafieux, du silence coupable d’acteurs sociaux, de l’absence de courage de supposés leaders et du recul de l’honnêteté devant l’appât du gain. S’il est faux de croire que tout le monde est achetable, on doit constater que la perte du sens des valeurs a permis à l’argent d’imposer sa tyrannie. Il est plus facile d’être corrompu lorsque la seule éthique qui vaille est de ne pas se faire prendre et de croire que l’honnêteté n’est pas une vertu mais une tare.

Que faire pour que s’allège l’atmosphère de coup d’État et de renversement du gouvernement par la rue ? À ce stade-ci de la détérioration sociale, y a-t-il des sages au-dessus de la mêlée pour nous éclairer, calmer les passions et dénoncer cette culture de l’injure qui épargne peu de gens ?

Le chef du gouvernement québécois, premier responsable de la dégradation du climat, se doit de poser un geste. Car il devient dangereux de laisser une forme d’anarchie flotter au-dessus du Québec.

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denbombardier@videotron.ca


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